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Birmanie: à la recherche d'Aung San Suu Kyi
Où se trouve Aung San Suu Kyi ? Selon les autorités, l'ancienne dirigeante birmane est assignée à résidence à Naypyidaw, une capitale nébuleuse justement conçue pour préserver les secrets du pouvoir.
Avec un million d'habitants pour une superficie neuf fois supérieure à celle de New York, la ville est un labyrinthe de quartiers anonymes reliés entre eux par d'immenses avenues désertes.
La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 est censée y séjourner depuis que Min Aung Hlaing, qui l'a renversée en 2021 lors d'un coup d'Etat, a officiellement commué en avril le reste de sa peine de prison en assignation à résidence.
Une décision présentée comme un geste de réconciliation après son accession à la présidence à l'issue d'un processus électoral largement contesté à l'étranger.
Mais ses détracteurs estiment qu'il ne cherchait qu'à redorer son image et qu'Aung San Suu Kyi, toujours isolée à une adresse tenue secrète, n'est pas plus libre qu'auparavant.
"Tout le monde ne peut pas connaître l'endroit où elle se trouve", déclare Thein Tun Oo, député du parti pro-militaire majoritaire. "Je ne le sais pas moi-même. Parce que je ne suis qu'un simple citoyen."
- "Tout se ressemble" -
Naypyidaw, qui signifie "la demeure des rois", est devenue la capitale en 2005 sur décision de Than Shwe, l'un des nombreux dirigeants militaires passés à la tête de la Birmanie.
Selon des urbanistes, son implantation au centre du pays, loin de l'ancienne capitale portuaire, Rangoun, et de la deuxième ville, Mandalay, reflète la paranoïa du régime face aux soulèvements populaires et aux interventions étrangères.
Construite au début des années 2000, cette ville aux dimensions colossales, constamment surveillée par les forces de sécurité, dégage une atmosphère à la fois paisible et inquiétante.
"Etre dans cette ville est déjà une forme d'assignation à résidence", estime l'architecte Galen Pardee, professeur à l'université Columbia de New York.
"C'est l'exact opposé de tout ce qu'un urbaniste traditionnel considérerait comme une bonne ville. Et c'est entièrement intentionnel, avec un objectif politique bien précis", ajoute-t-il.
Une habitante, souvent désorientée dans sa propre ville, dit n'avoir aucune idée de l'endroit où pourrait se trouver Aung San Suu Kyi.
"Tout se ressemble ici", note cette femme de 25 ans, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité. "On a encore parfois du mal à trouver notre chemin."
- Villa détruite -
La fille du héros de l'indépendance Aung San a longtemps vécu à l'étranger avant de revenir au pays en 1988 pour mener une campagne en faveur de la démocratie face aux généraux au pouvoir.
Son engagement lui a valu 15 années d'assignation à résidence dans la demeure familiale de Rangoun, devenue à l'époque un lieu de rassemblement pour les militants pro-démocratie.
Les généraux ont fini par céder et l'ont laissée gouverner depuis Naypyidaw pendant dix ans, jusqu'au coup d'Etat de 2021, qui a déclenché une guerre civile toujours en cours.
Emprisonnée sur la base d'accusations montées de toutes pièces selon des organisations de défense des droits humains, Aung San Suu Kyi n'a plus été vue en public depuis.
L'une des villas de Naypyidaw où elle avait séjourné avant son arrivée au pouvoir a été démolie.
Lorsqu'elle dirigeait le pays, Aung San Suu Kyi avait droit à une résidence officielle située derrière plusieurs barrages de sécurité, impossibles à franchir sans autorisation.
A l'annonce de son assignation à résidence, des sources au sein des services spéciaux de la police, issues de deux zones différentes de Naypyidaw, ont déclaré qu'elle avait été transférée dans leur secteur, dans des zones qui leur sont elles-mêmes interdites d'accès.
"Même les généraux ne disposent d'aucune information à son sujet", estime l'une d'elles. Et la confusion persiste.
- "Epoque révolue" -
Pour son fils Kim Aris, la place de la figure déchue de la démocratie birmane, âgée de 81 ans, est à Rangoun, où elle a résidé.
"Je ne vois pas vraiment en quoi sa situation diffère aujourd'hui de ce qu'elle subit depuis plusieurs années", explique-t-il par téléphone depuis Londres, ajoutant que toute maison dans laquelle elle serait détenue se rapprocherait plutôt d'une prison privée que d'un foyer confortable.
Dans le parlement de Naypyidaw, l'un des plus vastes au monde malgré la tradition autoritaire du pays, on trouve encore d'anciens magazines la louant. Mais le député Aye Chan, du parti pro-militaire PUSD, affirme que "son époque est révolue".
"Même si elle était libérée, ou quoi que ce soit, elle ne jouerait plus aucun rôle. Elle est tout simplement trop âgée", avance-t-il.
Et où est-elle ? "Je n'en ai aucune idée", répond le parlementaire en haussant les épaules.
C.Meier--BTB