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Allemagne: démission du chef des députés conservateurs, père d'un enfant né sous GPA
Le chef des députés conservateurs allemands Jens Spahn a démissionné samedi après des attaques au sein de son propre camp pour avoir eu avec son mari un enfant via la gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis, une pratique interdite en Allemagne.
"Ces derniers jours, j’ai compris que mon bonheur personnel, qui consiste à fonder une famille avec mon mari et à devenir père, est incompatible avec ma fonction politique", a écrit M. Spahn, président du groupe parlementaire CDU/CSU du chancelier Friedrich Merz, dans une lettre à ses collègues obtenue par l'AFP.
La CDU, le parti de MM. Spahn et Merz, s'oppose farouchement à la gestation pour autrui et a récemment voté, lors d'un congrès en février, en faveur du maintien de l'interdiction en vigueur en Allemagne.
M. Spahn et son mari sont récemment devenus parents grâce à une mère porteuse aux États-Unis, qui était enceinte de quatre mois au moment du congrès, selon le quotidien Bild.
Samedi, Friedrich Merz a salué la démission de Jens Spahn, une décision selon lui "juste et inévitable".
Tout en reconnaissant à M. Spahn le mérite d’avoir contribué au retour de la CDU au pouvoir, le chancelier a fait observer que "la crédibilité est le bien le plus précieux en politique".
- "Difficile" équilibre -
L'annonce du recours de M. Spahn à une mère porteuse, jeudi dans la presse allemande, avait immédiatement suscité des critiques au sein de la CDU, certains l'appelant à la démission, ainsi que des accusations d'hypocrisie de la part d'autres responsables politiques.
Vendredi, Jens Spahn avait d'abord tenté de se défendre lors d’une interview en podcast accordée à Bild, affirmant qu'il "avait longtemps été en proie à un conflit intérieur, notamment sur la question de la maternité de substitution", avant de finalement décider d’avoir un enfant avec cette méthode.
Samedi, il finalement déclaré à ses collègues que "trouver un équilibre entre ma décision personnelle d’avoir un enfant par le biais d’une mère porteuse et les attentes compréhensibles qui pèsent sur moi en tant que président de notre groupe parlementaire s’est avéré plus difficile que je ne l’avais prévu".
Les députés de l’opposition ont salué sa démission.
- "Deux poids, deux mesures" -
Pour Luigi Pantisano, l'un des dirigeants du parti d’extrême gauche Die Linke, la décision de M. Spahn de faire appel à une mère porteuse aux États-Unis "révèle une fois de plus un +deux poids, deux mesures+".
"La loi s’applique toujours aux gens ordinaires, mais pour les hauts responsables politiques, elle ne semble valoir que jusqu’au moment où ils ont suffisamment d’argent pour la contourner à l’étranger", a déclaré M. Pantisano au journal Rheinische Post.
Plusieurs responsables au sein de la CDU avaient exhorté Jens Spahn à renoncer à son poste, arguant que sa position était intenable au regard de la position claire du parti sur la GPA. Parmi eux, le président régional de la CDU en Mecklembourg-Poméranie occidentale (nord-est) avait qualifié vendredi ses choix d’"absolument inacceptables".
Vendredi, Friedrich Merz avait indiqué que la question ferait l'objet de futures discussions au sein du parti, tout en félicitant le député pour la naissance de son enfant.
Le chancelier avait également dit ne voir "aucune raison" de modifier la législation allemande sur la gestation pour autrui, ni de revenir sur l’opposition de longue date de la CDU à cette pratique.
Agé de 46 ans, Jens Spahn a été ministre de la Santé pendant la pandémie de Covid-19 dans le gouvernement d'Angela Merkel. Ces dernières années, il s’est imposé comme une figure de proue de l’aile droite de la CDU, prônant notamment une ligne plus dure en matière d’immigration.
C.Meier--BTB