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Royaume-Uni: Nigel Farage affronte Tête-de-Poubelle lors d'une législative atypique
Nigel Farage, chef du parti anti-immigration Reform UK, espère être largement réélu jeudi lors d'une législative partielle en Angleterre qu'il a lui-même provoquée, un scrutin boycotté par les principaux partis où son principal rival est le candidat satirique Count Binface (Tête-de-poubelle).
Les bureaux de vote à Clacton, station balnéaire vieillotte du sud-est de l'Angleterre, sont ouverts depuis 07H00 locales (06H00 GMT) et jusqu'à 22H00 (21H00 GMT) pour cette élection où quelque 80.000 électeurs sont inscrits.
Un nombre record de 34 candidats s'y affrontent, pour la plupart indépendants et inconnus, travaillistes, conservateurs, libéraux-démocrates ou Verts ayant décidé de boycotter un scrutin qu'ils voient comme une diversion et une plaisanterie.
"Le jour des poubelles est arrivé", a écrit, dans un pied de nez, Count Binface sur son compte X.
Les résultats de cette partielle, déclenchée le 7 juillet par l'ex-héraut du Brexit après des semaines de polémique sur les finances de son parti, sont attendus vendredi au petit matin, le dépouillement étant ralenti par un bulletin de vote long de près de deux mètres.
"Les habitants de Clacton doivent être les juges de mes actes, cette élection partielle opposera le peuple à l'establishment", a martelé M. Farage dans un message vidéo diffusé jeudi sur son compte X.
Sondages et analystes le donnent gagnant, dans cette circonscription où il a été élu pour la première fois en 2024 - après sept tentatives infructueuses pour devenir député - avec 46,2% des voix.
Mais l'ampleur de son score, le taux de participation parmi les quelque 80.000 électeurs enregistrés ou le nombre de bulletins nuls vont être examinés de près.
À sa sortie du bureau de vote, quelques électeurs l'attendaient pour lui serrer la main, a constaté l'AFP.
Reform UK a connu une ascension spectaculaire ces dernières années, et triomphé lors des élections locales de mai dernier, qui ont contribué à la démission du Premier ministre travailliste Keir Starmer.
- "Cette élection ne va rien changer" -
Nigel Farage, 62 ans, a provoqué l'élection après avoir été rattrapé par des affaires de dons non déclarés.
Le gendarme de l'éthique parlementaire enquête sur un don de cinq millions de livres (5,7 millions d'euros) qu'il a reçu d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection comme député à Clacton en juillet 2024.
Selon le Times, Farage aurait également reçu un don non déclaré de George Cottrell, entrepreneur en cryptomonnaies condamné pour fraude aux Etats-Unis en 2017
Cette élection "ne va rien changer parce que, si Nigel est réélu, il restera visé par cette enquête financière et on pourrait avoir une autre partielle après", a déclaré à l'AFP Phil, électeur d'une cinquantaine d'années de cette circonscription qui a voté massivement pour le Brexit en 2016.
De fait, si Nigel Farage est réélu à Clacton, l'enquête parlementaire sur les dons non déclarés, suspendue après sa démission, reprendra.
Si elle devait conclure à une faute sérieuse, il pourrait être suspendu de son siège pour plus de 10 jours, ce qui déclencherait automatiquement une nouvelle élection. Les partis traditionnels ont déjà annoncé qu'ils présenteraient alors des candidats.
Le score de Count Binface (le comte Tête-de-Poubelle, en français) sera également très suivi.
Parmi les promesses de ce candidat qui se présente comme un "guerrier spatial intergalactique": "nationaliser" la chanteuse Adele ou "boucher tous les nids de poule avec le programme du Labour de 2024".
- Farage "ridiculisé"? -
Pour Stjin Van Kessel, professeur en politique comparée à l'université Queen Mary à Londres, "la tentative de Nigel Farage de transformer cette élection partielle en bataille politique majeure a échoué (...) Une grande partie de l'attention se reporte sur le candidat satirique Count Binface, au détriment de Farage, qui en ressort quelque peu ridiculisé".
S'il perdait, "ce serait une fin tout à fait humiliante – et hilarante – de sa carrière politique", souligne Peter Dorey, professeur à l'université de Cardiff, spécialisé dans la politique britannique.
Cette législative partielle se tient alors que pour la première fois depuis plus d'un an, les travaillistes sont récemment repassés devant Reform UK dans des sondages.
Le Labour bénéficie de l'espoir porté par l'arrivée à Downing Street d'Andy Burnham le 20 juillet.
Des commentateurs s'interrogent pour savoir si Reform UK a désormais atteint son pic, alors que les prochaines élections législatives au Royaume-Uni ne sont pas attendues avant 2029.
ctx-lcm-adm/cat/cel
C.Kovalenko--BTB