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Climat: le Bangladesh dénonce la "tragédie" de l'inaction des pays riches
"Ils n'agissent pas. Ils parlent mais ils n'agissent pas". Face aux promesses climatiques non tenues des pays riches, la Première ministre du Bangladesh Sheikh Hasina s'impatiente: Ils sont responsables des dégâts" mais ne font rien, "c'est une tragédie".
"Les pays riches veulent simplement devenir plus riches et encore plus riches, ils ne s'embêtent pas avec les autres", lance-t-elle lors d'un entretien avec l'AFP en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.
Pays de deltas, le Bangladesh fait partie des plus vulnérables aux impacts du changement climatique, en première ligne en particulier face à l'augmentation du niveau des océans et aux inondations qui se multiplient.
Mais comme la plus grande partie du monde en développement, il n'est pas responsable du réchauffement de la planète qui a gagné près de 1,2°C en moyenne depuis l'ère pré-industrielle.
"Nous ne sommes pas des émetteurs (de gaz à effet de serre) mais nous sommes victimes de ces émissions et du réchauffement", martèle la Première ministre.
"C'est très fâcheux", poursuit-elle, mettant notamment en avant les "risques" et les "souffrances" des petits Etats insulaires qui "pourraient disparaître".
Face aux menaces qui augmentent, les gouvernements du Sud dénoncent régulièrement les vaines promesses des pays développés, notamment l'engagement non tenu de porter à 100 milliards de dollars par an en 2020 leur aide pour que les pays les plus pauvres puissent réduire leurs émissions et se préparer aux impacts.
Mais le sujet brûlant à deux mois de la conférence climat COP27 en Egypte concerne les "pertes et dommages" déjà subis, comme les dévastations provoquées par les inondations historiques au Pakistan, et la revendication d'un fonds pour les compenser.
"Nous avons réclamé ce fonds. Nous voulons que cet argent soit levé, mais malheureusement nous n'avons pas de réponse positive des pays développés", regrette la Première ministre. Ils ont simplement obtenu un "dialogue" sur ce sujet jusqu'en 2024.
- "Fardeau" -
"Ils parlent mais ils n'agissent pas", dénonce-t-elle. "Ils parlent beaucoup, ils font des promesses, tout va bien, mais nous ne voyons aucune action, nous ne voyons pas d'argent".
Pourtant, "c'est la responsabilité des pays développés", "c'est leur devoir d'aider les victimes".
Malgré tout, elle assure qu'elle fera "de son mieux, toute seule", même sans l'aide internationale. Dans ce domaine climatique comme dans le dossier sensible des réfugiés rohingyas apatrides.
Environ 750.000 Rohingyas ont fui les exactions de l'armée en Birmanie et cherché asile en 2017 au Bangladesh voisin, où se trouvaient déjà plus de 100.000 réfugiés, victimes de précédentes violences.
Pour la plupart musulmans, ils survivent, entassés dans des camps insalubres à l'abri de baraques faites de bâches, tôles et bambous et refusent de retourner en Birmanie, à majorité bouddhiste, tant qu'ils n'auront pas obtenu des droits de citoyenneté.
Lors d'une visite en août, Michelle Bachelet, qui était alors Haute commissaire des droits de l'Homme de l'ONU, a estimé que les conditions de leur retour en Birmanie n'étaient pas réunies, malgré les demandes répétées du Bangladesh.
"Tout le fardeau nous revient", dénonce Sheikh Hasina.
Oui, ils vivent dans des conditions "pénibles" dans les camps au Bangladesh, "surtout les femmes et les enfants", mais "la population locale souffre aussi", déclare-t-elle, regrettant le tassement de l'aide internationale à cause des crises économiques liées au Covid-19 et à la guerre en Ukraine.
Alors que le Haut commissariat aux droits de l'Homme avait pointé du doigt une "rhétorique anti-Rohingya croissante" dans son pays, elle assure que ses concitoyens "ne sont pas en colère, mais ils sont mal à l'aise".
Quant à permettre aux Rohingyas de s'installer dans des conditions plus pérennes, "ce n'est pas possible de leur donner un espace, parce qu'ils veulent rentrer dans leur pays", argumente-t-elle. "C'est la priorité de tout le monde", "nous devons tous essayer de faire en sorte qu'ils retrouvent leur terre et qu'ils vivent leur vie".
"Si quelqu'un veut les accueillir, qu'ils les accueillent", lance la Première ministre.
B.Shevchenko--BTB