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Mansour Abbas, le précurseur d'une nouvelle politique arabe en Israël
Chef de file d'un parti islamiste modéré, Mansour Abbas est devenu un pionnier en Israël l'an dernier, lorsqu'il a signé un accord de coalition soutenant un gouvernement hétéroclite réunissant droite, centre et gauche israélienne.
Un peu plus d'un an plus tard, ladite coalition est tombée et les Israéliens sont appelés le 1er novembre à voter pour leurs cinquièmes législatives en trois ans et demi. Mais à quelques jours du scrutin, la confiance de Mansour Abbas, fort de son "expérience novatrice", n'est en rien entamée.
Soutenir une telle coalition, "était un risque qui s'est transformé en opportunité, nous avons réussi à réaliser de grandes choses", affirme à l'AFP le politicien arabe israélien de 48 ans.
La dernière fois qu'un parti arabe israélien avait soutenu -sans toutefois y participer- un gouvernement remonte à 1992, à l'époque du gouvernement du travailliste Yitzhak Rabin. Cette fois la formation Raam de Mansour Abbas a officiellement signé un accord de coalition, sans participer directement au cabinet.
Ce soutien au gouvernement, mené d'abord par Naftali Bennett (droite radicale) puis Yaïr Lapid (centre), lui a permis d'obtenir des promesses de milliards de dollars pour l'importante minorité arabe d'Israël, composée des descendants de Palestiniens restés sur leurs terres à la création de l'Etat israélien en 1948.
Mais elle a aussi ouvert la voie à une scission parmi les dirigeants arabes et la communauté au sens large, certains Arabes israéliens considérant ce soutien comme une trahison.
Alors qu'en 2020, les quatre formations arabes s'étaient unies sur une liste commune, leur permettant d'obtenir 15 sièges sur les 120 du Parlement --un succès historique--, elles concourent aujourd'hui en ordre dispersé. D'après les sondages, certaines ne sont pas assurées d'être reconduites au Parlement.
Si M. Abbas estime que Raam conservera ses quatre sièges, il reconnaît que les partis arabes sont confrontés à une "crise de confiance avec les électeurs". Face aux critiques, il met en avant son engagement en faveur de sa minorité qui représente environ 20% de la population israélienne.
- Médiatisation -
Fils d'agriculteurs et issu d'une fratrie de 11 enfants de la ville de Maghar (nord), Mansour Abbas ne se prédestinait pas à faire de la politique.
Devenu dentiste après des études à l'Université hébraïque de Jérusalem, il explique avoir ressenti une "pression" pour se mobiliser contre la hausse de la criminalité dans la communauté arabe israélienne, qui affirme faire l'objet de discrimination par rapport à la majorité juive.
Et il a joint le Mouvement islamique, une organisation de défense des intérêts des musulmans qui s'était scindée dans les années 1990: la branche Nord opposée aux accords d'Oslo entre Israël et les Palestiniens, et la branche Sud favorable à ces accords sur l'autonomie palestinienne signés en 1993.
Mansour Abbas, qui vit dans le nord d'Israël, s'est toutefois engagé en faveur de la branche Sud qui concentre ses appuis chez les Bédouins du désert du Néguev, et cherche aujourd'hui à peser sur le pouvoir israélien pour obtenir le plus de gains pour la minorité arabe.
Elu député pour la première fois en 2019, il a siégé dans des commissions parlementaires traitant notamment de cette problématique. Sa position de faiseur de roi après les élections de 2021 - il était courtisé à la fois par Benjamin Netanyahu et ses opposants - l'a propulsé sur les écrans aux heures de grande écoute.
Désormais, lorsqu'il se rend dans un restaurant, il est salué en hébreu par des juifs Israéliens désireux de se photographier avec lui.
Parmi la majorité juive, il ne fait toutefois pas l'unanimité, certains estimant que l'importance affichée de la foi musulmane est incompatible avec un engagement politique dans les sphères les plus hautes de l'Etat hébreu.
Lui affirme, qu'après avoir été fasciné par l'islam à l'adolescence, une étude plus approfondie de sa foi lui avait enseigné que "nous pouvons vivre avec les autres d'un point de vue religieux".
Et affirme diriger le vote arabe vers "la bonne direction". "Siéger au Parlement en tant que député n'est pas suffisant. Je cherche à influencer et à entrer dans la coalition", assène-t-il.
O.Bulka--BTB