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Lula ou Bolsonaro, les Brésiliens ont commencé à voter pour leur président
Les Brésiliens ont commencé à voter dimanche pour le second tour d'une présidentielle à l'issue très incertaine entre l'ex-chef d'Etat de gauche Lula, et le président sortant d'extrême droite Jair Bolsonaro qui le talonne dans les sondages.
La campagne entre deux dirigeants que tout oppose s'est déroulée dans un climat brutal et ultra-polarisé qui les a vus s'insulter copieusement pendant que les réseaux sociaux charriaient des torrents de désinformation.
Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (11H00 GMT) et fermeront à 17H (20H GMT). Le nom du président de l'immense pays d'Amérique latine aux 215 millions d'habitants sera connnu dans les deux ou trois heures qui suivent.
L'un des premiers électeurs à voter à Copacabana, quartier touristique de Rio, Marcio Britto, un chômeur de 52 ans, espère que cette élection "permettra d'améliorer un peu la situation du peuple brésilien", sutout "la santé, l'éducation et la sécurité".
Si les sondages prédisent depuis des mois un troisième mandat de quatre ans à Luiz Inacio Lula da Silva, après ceux de 2003-2010, Jair Bolsonaro, 67 ans, peut encore y croire.
Selon l'ultime enquête Datafolha samedi soir, l'écart s'est resserré, avec une victoire de Lula à 52%/48%. La marge d'erreur est de +/- 2 points et les sondages avaient lourdement sous-estimé le score de Bolsonaro au 1er tour.
"C'est bien plus serré que quiconque l'aurait cru", dit à l'AFP Brian Winter, rédacteur en chef de Americas Quarterly, "ça va être une élection pleine de confusion".
Bolsonaro acceptera-t-il le résultat s'il est le premier président se représentant à un second mandat à ne pas être réélu depuis le retour à la démocratie en 1985 ?
Après avoir lancé des attaques incessantes contre le système "frauduleux" des urnes électroniques, il a affirmé vendredi: "celui qui a le plus de voix gagne. C'est la démocratie" -- sans convaincre.
"Bolsonaro va remettre en question le résultat", estime Rogerio Dultra dos Santos, de l'Université fédérale de Fluminense.
- "Menteur" -
Beaucoup craignent une réplique brésilienne de l'assaut du Capitole après la défaite de Donald Trump qui pourrait viser par exemple la Cour suprême si souvent vilipendée par Bolsonaro.
L'ex-capitaine peut compter sur "l'appui de ses électeurs les plus radicalisés (...) et provoquer des troubles", selon l'analyste, qui voit mal toutefois les forces armées se lancer dans un coup de force et souligne que les institutions démocratiques sont solides.
Trump, justement, a appelé les Brésiliens à réélire Bolsonaro, "un type super", et surtout pas "Lulu (sic), ce cinglé de la gauche radicale".
Mais l'ancien métallo au destin hors norme a espéré que Bolsonaro "aura un moment de sagesse" et "reconnaîtra le résultat" s'il perd.
La campagne a été tout sauf "sage". Bolsonaro a insulté Lula: "voleur", "ex-prisonnier", "alcoolique" ou "honte nationale". Ce dernier a rendu les coups: "pédophile", "cannibale", "génocidaire" ou "petit dictateur".
S'accusant mutuellement de mentir, Bolsonaro et, dans une moindre mesure Lula, ont alimenté la machine à désinformation, qui a fonctionné comme jamais au Brésil.
Les réseaux sociaux -- unique source d'information de la majorité des 170 millions d'utilisateurs brésiliens -- ont véhiculé une masse inédite de fausses informations.
Avec cette sale campagne, les véritables préoccupations de la population ont été négligées: inflation, chômage, pauvreté ou faim, dont souffrent 33 millions de Brésiliens.
- Chasse aux abstentionnistes -
L'enjeu majeur de l'entre-deux tours a été la chasse aux 32 millions d’abstentionnistes du 1er tour (21%). A titre de comparaison, Lula a obtenu six millions de voix d'avance le 2 octobre.
Lula veut protéger la démocratie et rendre "Le Brésil heureux" de nouveau, après deux mandats où il a extrait près de 30 millions de Brésiliens de la pauvreté mais où l'économie était florissante.
Le populiste Bolsonaro veut défendre "le bien contre le mal", la famille, Dieu, la patrie et la liberté individuelle.
Malgré un mandat émaillé de crises graves dont celle du Covid, il conserve un socle de partisans irréductibles et a su imposer sa ligne politique face à une gauche peu audible et à une droite traditionnelle qui a sombré.
S'il est élu, Lula, figure-clé de la politique brésilienne depuis quatre décennies, fera un retour spectaculaire après avoir connu la disgrâce de la prison (2018-2019) puis l'annulation de ses condamnations pour corruption.
Le prochain locataire du Palais du Planalto à Brasilia gouvernera avec un Parlement encore plus à droite depuis les législatives du 2 octobre: le Parti libéral (PL) de Bolsonaro est représenté en force.
Les bureaux de vote doivent fermer à 17H00 (20H00 GMT) et le résultat être annoncé avant 20H00 (23H00 GMT).
H.Seidel--BTB