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Trump et Biden chauffent leurs troupes à la veille d'élections cruciales
Deux hommes, Joe Biden et Donald Trump, qui jouent chacun leur avenir politique, et une Amérique qui s'apprête à éprouver à nouveau la solidité de sa démocratie: la course pour les cruciales élections législatives de mi-mandat était lundi dans sa dernière ligne droite.
L'actuel et l'ancien présidents devaient s'affronter par meetings interposés, en conclusion d'une campagne qui a exposé crûment les divisions béantes de la première puissance mondiale, qu'elles soient sociales, raciales, économiques ou, bien sûr, politiques.
Alors que des candidats républicains menacent de ne pas reconnaître une éventuelle défaite lors de la multitude de scrutins prévus mardi et regroupés sous l’appellation générique de "midterms", alors que la prise de possession par Elon Musk du réseau social Twitter nourrit les inquiétudes sur une vague de désinformation, voilà que la Russie souffle sur les braises.
"Nous nous sommes ingérés, nous le faisons et nous allons continuer de le faire. Avec précaution, précision, de façon chirurgicale, d'une manière qui nous est propre", a déclaré lundi un homme d'affaires russe, Evguéni Prigojine.
- "Quatre ans de plus!" -
Déjà accusé d'ingérence lors de l'élection qui a porté Donald Trump au pouvoir en 2016, ce proche du Kremlin émet cette menace alors même que l'ancien président républicain n'en finit plus d'alimenter le suspense sur une nouvelle candidature en 2024.
Le milliardaire sera lundi en meeting dans l'Ohio, un Etat industriel du Midwest emblématique des inquiétudes de cette Amérique qu'il a su séduire: la classe moyenne modeste, majoritairement blanche, vivant à la campagne ou dans des zones périurbaines, tentée par un repli généralisé face à la mondialisation.
Dimanche, sous les cris "Quatre ans de plus! Quatre ans de plus!" de ses partisans, il les a invités avec insistance à "rester branchés" pour ce rendez-vous de lundi.
Les Américains sont appelés aux urnes mardi pour renouveler l'ensemble de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Toute une série de postes d'élus locaux majeurs sont également en jeu.
- "Vague rouge?" -
Après une campagne acharnée centrée sur l'inflation, les républicains se montrent de plus en plus confiants dans leurs chances de renverser entièrement le Congrès. C'est-à-dire non seulement de prendre la Chambre des représentants, ce qui est le scénario classique aux "midterms", mais aussi d'arracher à Joe Biden son mince contrôle du Sénat.
Le parti rêve désormais ouvertement d'une "vague rouge" - la couleur des conservateurs.
Kevin McCarthy, possible futur patron républicain de la Chambre des représentants, envisage déjà de vastes enquêtes sur le bilan de Joe Biden, allant du retrait d'Afghanistan à la gestion de la pandémie de Covid-19.
"Nous n'utiliserons jamais la destitution à des fins politiques", a aussi déclaré M. McCarthy sur CNN, avant d'ajouter que "cela ne signifie pas que si quelque chose se présente, elle ne sera pas utilisée à un autre moment".
- "Un choix" -
Organisées deux ans après la présidentielle, ces élections se convertissent de fait en référendum sur l'occupant de la Maison Blanche, qui échappe très rarement au vote sanction.
Joe Biden devrait à nouveau répéter lundi, pour son dernier meeting dans l'Etat du Maryland, aux portes de Washington, que cette élection n'est pas un référendum sur son action mais "un choix", en particulier sur le droit à l'avortement et sur l'avenir de la démocratie.
Face à l'efficacité de la campagne des conservateurs sur la vie chère, les démocrates ont toutefois tenté d'insister davantage ces derniers jours sur les grands chantiers lancés par Joe Biden pour faire baisser le prix des médicaments, alléger la dette étudiante, relancer l'emploi industriel... Mais les Américains n'en sentiront pas les effets avant des années, alors que la flambée des prix, elle, est une réalité immédiate et concrète.
Donald Trump, lui, s'est jeté à corps perdu dans la campagne, donnant à ces "midterms" l'allure d'une deuxième manche du match de 2020. Voire d'un tour de chauffe avant 2024?
Joe Biden dit jusqu'ici avoir l'intention de se représenter, mais la perspective n'enchante pas tous les démocrates, en raison de son âge -- bientôt 80 ans -- et de son impopularité.
- Etats décisifs -
Le scrutin, et en particulier le contrôle du Sénat, aux pouvoirs immenses, se joue dans une poignée d'Etats-clés -- les mêmes que lors de l'élection présidentielle de 2020.
Tous les projecteurs sont ainsi braqués sur la Pennsylvanie, la Géorgie, l'Arizona, le Nevada, le Wisconsin et la Caroline du Nord. Tous ces Etats sont le théâtre de luttes intenses, engageant des centaines de millions de dollars, avec côté républicain des candidats adoubés par Donald Trump, qui jurent une fidélité absolue à l'ancien locataire de la Maison Blanche.
Au total, près de 17 milliards de dollars auront été dépensés pour ce scrutin selon le site Opensecrets, un record.
En hausse aussi, le vote anticipé: lundi, plus de 40 millions d'Américains avaient déjà voté à l'avance aux élections de mi-mandat, surpassant le niveau des législatives de 2018, selon le US Elections Project. Impossible toutefois de dire à qui cette tendance profite, même si historiquement, le vote anticipé penche vers les démocrates.
N.Fournier--BTB