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En Inde, la greffe capillaire, une pratique dangereusement dévoyée par les charlatans
Jeune Indien, Athar Rasheed souffrait d'un début de calvitie. Ce cadre de direction d'une chaîne de télévision a opté pour une greffe capillaire dans l'espoir de gagner en séduction et de se marier, mais cette intervention, en principe sûre, lui a coûté la vie.
A mesure que leurs revenus disponibles augmentent, les Indiens portent une attention accrue à leur physique et font de plus en plus le choix de la greffe capillaire, lorsqu'ils ont une calvitie.
Mais le secteur de la chirurgie plastique étant peu et mal réglementé en Inde, certains s'improvisent chirurgiens après seulement des ateliers en ligne, avec des conséquences désastreuses voire létales.
Athar Rasheed avait la charge de sa famille.
Il aspirait à se marier, à acheter une maison, à marier ses deux sœurs pour les mettre à l'abri du besoin.
Mais ce trentenaire a été emporté par une septicémie à la suite d'une greffe capillaire réalisée dans une clinique louche de Delhi l'an dernier, raconte à l'AFP Asiya Begum, sa mère inconsolable.
- Le calvaire d'un fils -
"La fin de mon fils a été très douloureuse. Ses reins ont d'abord cessé de fonctionner, puis ce fut le tour de tous les autres organes", explique cette femme de 62 ans.
Munie de photographies du visage enflé du jeune homme et des éruptions cutanées noires qui ont recouvert son corps au cours des dernières heures de son calvaire, sa famille a décidé de porter plainte.
Quatre personnes, dont deux hommes qui ont pratiqué sa greffe, ont été arrêtées et attendent leur procès.
"Je pense à mon fils tous les jours et je meurs à petit feu", confie-t-elle, en larmes, dans la pièce qui constitue désormais son appartement de location, dans un quartier délabré de la capitale. "Je ne veux pas qu'une autre mère perde son enfant à cause de pratiques frauduleuses".
La greffe consiste à prélever des follicules dans une zone dense en cheveux, à l'arrière de la tête par exemple, puis à les implanter sur la zone glabre.
Selon les spécialistes, les modes de vie de plus en plus sédentaires, le tabagisme, une mauvaise alimentation et le stress peuvent entraîner une perte de cheveux précoce.
Le docteur Mayank Singh pratique jusqu'à 15 interventions chirurgicales par mois dans sa clinique haut de gamme située dans un quartier chic de New Delhi.
"Les gens pensent qu'il s'agit d'une procédure mineure, alors que la durée de l'opération est assez longue, de l'ordre de six à huit heures", rappelle le médecin.
"Elle implique une importante anesthésie locale qui doit être administrée à un certain rythme. Si l'on n'a pas la connaissance de ce que nous devons faire, la procédure peut se révéler dangereuse", insiste-t-il.
La plupart de ses patients, âgés de 25 à 35 ans, misent sur leur physique, préoccupés par leur ascension et leur apparence sociales.
L'intervention coûte quelque 350.000 roupies (4.168 euros), une somme considérable dans un pays où le salaire mensuel moyen tourne autour de 200 euros.
- Pratiques criminelles -
Alors, les plus désargentés osent des cliniques aux prix plus modiques mais où les intervenants n'ont aucune formation.
Le docteur Singh, également secrétaire d'une Association de chirurgiens spécialistes des affections capillaires, fustige ces charlatans qui portent atteinte à la santé des patients et à la crédibilité de son secteur.
Alarmée par leur prolifération, la Commission médicale nationale indienne a émis un avertissement en septembre, en rappelant que seuls les médecins dûment diplômés sont habilités à de telles interventions.
"Suivre des ateliers sur YouTube ou des plateformes similaires ne constitue pas une formation adéquate pour se livrer à des procédures de (chirurgie) esthétique, comme la greffe capillaire", avertit cette commission.
Lakshmi Narayanan, complexé par sa calvitie, s'est privé d'activités sociales pendant des années.
"La perte de mes cheveux a commencé alors que j'avais tout juste 18 ans. J'évitais d'apparaître sur les photos et même de me regarder dans le miroir", confie-t-il à l'AFP.
Le jeune homme, 29 ans, a eu recours au docteur Singh. Sa vie a changé. "Je peux côtoyer les autres en toute confiance désormais et chercher une partenaire de vie."
O.Lorenz--BTB