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Détresse et consternation au Sénégal après la mort de 11 bébés à l'hôpital
La justice sénégalaise a promis jeudi de se montrer intraitable avec les responsables d'un incendie qui a causé la mort de onze bébés dans un hôpital public de province la veille et qui a semé détresse, consternation et colère parmi les proches et dans l'opinion.
Le drame de Tivaoune (ouest), provoqué par un court-circuit selon les premières informations, est le dernier en date à mettre en lumière les carences du système de santé de ce pays pauvre.
Il a suscité promesses de modernisation et d'investigations de la part des autorités, et appels à la démission dans l'opinion et l'opposition.
"La police scientifique est en train de procéder à des constatations matérielles. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur les causes réelles de l'incendie", a dit devant une forêt de caméras au palais de justice le procureur Abdoulaye Ba.
"La justice sera implacable contre toute personne dont la responsabilité se trouvera engagée", a-t-il promis.
Non loin de là, devant l'hôpital Mame Abdou Aziz Sy Dabakh, une mère tenant à peine debout interpelle un homme dont elle attend qu'il lui dise où est son fils Mohamed, hospitalisé là il y a 10 jours parce qu'il avait "mal au corps" selon son père.
"Dieu a pris la meilleure décision", lui répond l'individu, aussitôt repris par le père, Alioune Diouf, un chauffeur de 54 ans.
"Tu ne devais pas le lui dire de cette manière", réprimande Alioune Diouf, tandis que sa femme s'écroule.
Mohamed, baptisé lundi, était le deuxième enfant du couple. Sa mère faisait les allées et venues entre la maison et l'hôpital pour l'allaiter. Son père était venu mercredi apporter ses médicaments. "Les lits me semblaient corrects", se rappelle-t-il. Il a été alerté par les médias.
Ce qui s'est produit exactement à l'intérieur de l'enceinte peinte en vert, inaccessible aux journalistes jeudi, le niveau de surveillance de cet établissement à la taille et aux moyens relativement modestes restent à établir.
Les nouveau-nés étaient réunis dans l'unité néonatale, peut-être dans une même salle, 11 ou plus selon les sources.
- La colère gronde -
L'incendie se serait déclaré vers 21H00 (locales et GMT). Il a été causé par "un court-circuit et le feu s'est propagé très vite", a dit le maire Demba Diop.
Devant l'hôpital ou sur les réseaux sociaux les accusations de négligence fusent. Mais le maire a assuré sur place qu'une sage-femme et une infirmière se trouvaient dans la pièce. "Il y a eu un bruit et une explosion, ça a duré trois minutes maximum. Cinq minutes après, les sapeurs-pompiers étaient là. Les gens ont utilisé les extincteurs" mais les produits contenus dans les climatiseurs ont accéléré la propagation, a-t-il dit. Les deux soignantes se sont évanouies mais ont été réanimées, a-t-il rapporté.
"Il n'y a pas eu de négligence", a-t-il tranché.
Des témoins ainsi que le maire ont indiqué qu'un certain nombre de bébés avaient été sauvés des flammes.
Mais onze n'ont pas survécu selon les autorités.
Cheikh Coundoul s'est déplacé quand il a appris qu'un incendie s'était déclaré à l'hôpital où sa nièce avait laissé son bébé. "On n'a trouvé personne à qui parler. C'est quand beaucoup de parents ont commencé à se plaindre que la directrice nous a annoncé que notre bébé avait été consumé par le feu", raconte-t-il.
Il n'a pas encore récupéré la dépouille; on lui a "dit que c'est impossible parce qu'un enquête est ouverte et qu'il appartient au procureur de prendre des décisions".
Mais la colère grondait devant l'hôpital dans un petit groupe de femmes anonymes.
- "Sanctions" -
"C'est de la négligence. Laisser les enfants sans personne pour les surveiller et on dit que +c'est Dieu qui l'a voulu+. Une mère prend la précaution de confier son enfant à quelqu'un, même quand elle va aux toilettes", vitupérait l'une d'elles, tandis qu'un homme d'une cinquante d'années invoquait "la volonté divine".
Tivaouane, environ 40.000 habitants, est le fief des Tidianes, l'une des importantes confréries musulmanes qui jouent un rôle social essentiel au Sénégal.
Le khalife des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, déplorait il y a plusieurs mois l'état de l'hôpital. Le drame "était prévisible tellement le niveau de délabrement avait dépassé l’entendement", a écrit son neveu Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Amine dans une tribune. Il a dénoncé les promesses non tenues de relèvement du plateau médical alors que l'hôpital sert selon lui un bassin humain de centaines de milliers de personnes.
Ce sont des griefs souvent entendus ces derniers mois après une série d'évènements tragiques.
Quatre nouveau-nés avaient succombé en 2021 dans un incendie dans une maternité à Linguère (nord).
Le 1er avril, Astou Sokhna, une femme d'une trentaine d'années enceinte de neuf mois, est morte à l'hôpital public de Louga (nord) après avoir, selon ses proches, vainement attendu dans de très grandes souffrances et pendant une vingtaine d'heures la césarienne qu'elle réclamait.
"J'espère que cette fois les sanctions frapperont le sommet d'un système globalement défaillant", a tweeté l'ancien Premier ministre Abdoul Mbaye.
"Encore des bébés brûlés dans un hôpital public. C'est inacceptable Macky Sall", a tweeté un député de l'opposition, Mamadou Lamine Diallo.
M.Ouellet--BTB