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Procès Péchier: l'avocate générale gagnée par l'émotion
L'avocate générale Thérèse Brunisso a été gagnée par l'émotion vendredi, en concluant la longue liste d'empoisonnements imputés à l'anesthésiste Frédéric Péchier, au deuxième jour des réquisitions devant la cour d'assises du Doubs.
En achevant l'évocation des trente victimes présumées du docteur Péchier, la voix de la magistrate s'est brisée, signe de l'émotion provoquée par plus de trois mois d'audience intense ponctués de témoignages poignants.
Avec la seconde représentante du ministère public, Christine de Curraize, elles ont poursuivi leur réquisitoire débuté la veille et qui doit s'achever dans l'après-midi. Le verdict sera rendu d'ici le 19 décembre.
Les deux avocates générales se sont efforcées de convaincre les jurés que chaque cas de cette "affaire totalement hors norme", marquée par "le tabou social du meurtre médical", est bien un empoisonnement et que "tout désigne" le médecin de 53 ans comme coupable.
L'accusé "n'est évidemment ni Guy Georges, ni Michel Fourniret, il n'en est pas moins un tueur en série", a insisté Thérèse Brunisso.
Qualifié de "menteur" et "manipulateur", Frédéric Péchier est un "criminel qui a utilisé la médecine pour tuer", ont martelé jeudi les deux magistrates.
- "Meurtre psychologique" -
Selon elles, le praticien a pollué des poches de perfusion avec du potassium, des anesthésiques locaux, de l'adrénaline ou encore de l'héparine, pour provoquer un arrêt cardiaque ou des hémorragies chez des patients pris en charge par des confrères. Son objectif: nuire à des collègues avec lesquels il était en conflit.
Il est aussi responsable du "meurtre psychologique" de ses confrères, traumatisés par la perte de leurs patients, a souligné Christine de Curraize vendredi matin à la reprise de l'audience.
Ces incidents cardiaques à répétition ont mené les collègues de Mme Arbez à "douter de ses capacités à prendre en charge ses patients", jusqu'à l'exclure des blocs opératoires pour la cantonner aux consultations ou aux interventions ophtalmologiques, moins à risque.
Mais même en ophtalmologie, un de ses patients, âgé de 79 ans, venu se faire opérer de la cataracte, est décédé. Ce sera le "coup de grâce" qui provoquera le départ définitif de la clinique du docteur Arbez.
- L'accusé imperturbable -
Très affectée par la perte de ses patients, cette "femme pétillante et pimpante", qui approchait de la fin de sa carrière, "est devenue l'ombre d'elle-même", a raconté Mme de Curraize. Elle "est partie du jour au lendemain, comme une malpropre".
Pour la magistrate, avec ce départ, Frédéric Péchier a atteint son objectif: "éliminer" sa consœur.
Pendant l'exposé implacable de l'accusation, Frédéric Péchier est resté imperturbable, relisant ses notes, écoutant attentivement, aux côtés de sa sœur Julie Péchier et de Randall Schwerdorffer, ses deux conseils.
Depuis l'ouverture du procès, où il comparaît libre, il a admis qu'un empoisonneur avait bien sévi dans l'une des deux cliniques privées où il a travaillé, mais a constamment répété qu'il n'était pas cet empoisonneur.
Lundi, "on développera notre argumentaire en défense", pour plaider l'acquittement, a dit Me Schwerdorffer. "Je n'ai aucun doute que la cour d'assises écoutera cet argumentaire et j'espère qu'il sera entendu", a-t-il insisté.
Interrogé jeudi soir par les journalistes sur les mots des avocates générales, qui voient en lui un "serial killer", Frédéric Péchier a répondu de manière lapidaire: "C'est leur avis. On verra à la fin."
K.Thomson--BTB