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Plus de 400 morts dans un hôpital de Kaboul après une frappe pakistanaise, selon l'Afghanistan
Plus de 400 personnes ont été tuées lundi soir dans une frappe pakistanaise sur un hôpital pour toxicomanes de Kaboul, ont annoncé mardi les autorités afghanes, l'attaque de loin la plus meurtrière dans le conflit qui oppose les deux voisins depuis des mois.
"Le bilan n'est pas définitif, les opérations de recherches continuent mais nous avons environ 400 morts et plus de 200 blessés", a déclaré le porte-parole du ministère de la Santé, Sharafat Zaman, lors d'une conférence de presse dans le centre médical ravagé.
Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Abdul Mateen Qani, a donné lors du même point presse le chiffre de 408 morts et 265 blessés.
Ce bilan n'a pas pu être vérifié immédiatement de source indépendante, mais des journalistes de l'AFP ont vu dans la nuit au moins 30 cadavres, plus 65 autres extraits des décombres mardi.
Au moins trois corps ont été reçus à l'hôpital de l'ONG italienne Emergency dans la capitale afghane et 27 blessés y sont traités, a de son côté déclaré à l'AFP son directeur en Afghanistan, Dejan Panic, expliquant que le bilan pourrait être très lourd car le centre accueillait "de très nombreux patients" souffrant d'addiction.
Le Pakistan a bombardé la capitale afghane lundi soir, affirmant avoir frappé "des cibles militaires et terroristes". "Ce centre de réhabilitation a été visé en violation des conventions de Genève et du droit international", a dénoncé M. Zaman.
Les autorités afghanes ont appelé les familles à accepter que leurs proches tués soient enterrés dans un tombeau commun pour rappeler "qu'ils ont été tués lors du mois de ramadan", Mohammed Omari, ministre-adjoint de l'Intérieur.
L'Inde qui entretient des relations très tendues avec le Pakistan a dénoncé sur X "une attaque barbare".
La Chine a appelé mardi l'Afghanistan et le Pakistan à la retenue et a affirmé son engagement à oeuvrer à une désescalade.
- "Je cherche mon frère" -
Massées mardi devant cet hôpital qui accueillait entre 2.000 et 3.000 toxicomanes, selon des sources médicales à l'AFP, plus d'une centaine de personnes tentent désespérément d'obtenir des nouvelles de leurs proches.
"Je suis ici depuis hier soir. Je cherche mon frère mais je ne peux pas le trouver. Que faire, je n'ai pas de mots", confie Habibullah Kabulbai, 55 ans, en pleurant. Son jeune frère, Nawroz, avait été admis il y a cinq jours.
"Nous sommes démunis, cela n'arrive pas qu'à moi mais à tout l'Afghanistan", ajoute-t-il entouré d'autres familles en quête de réponses.
Dans un des bâtiments de ce centre de traitement des addictions, le toit est effondré, des chaises, couvertures et morceaux de lits médicalisés, ainsi que des restes humains sont visibles mardi dans les ruines noircies par l'incendie qui a suivi le bombardement.
Les frappes pakistanaises ont eu lieu lundi vers 21H00 locales (16H30 GMT), suscitant la panique chez de nombreux habitants.
"J'ai entendu un avion de chasse voler au-dessus de nous. Des unités militaires à proximité ont tiré vers l'avion. Il a lâché des bombes et le feu s'est déclaré", a raconté à l'AFP un des gardiens du centre médical touché, Omid Stanikzai.
- "Appel à la désescalade" -
L'Afghanistan et le Pakistan sont en conflit depuis des mois, Islamabad accusant son voisin d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que les autorités afghanes démentent.
Après une escalade en octobre qui avait fait des dizaines de morts, les affrontements s'étaient calmés sans jamais s'arrêter.
Mais ils ont repris avec intensité le 26 février après des frappes pakistanaises, Islamabad parlant le lendemain de "guerre ouverte" et frappant Kaboul dans la foulée.
Selon la mission des Nations unies en Afghanistan (UNAMA), 75 civils afghans ont été tués entre le 26 février et le 13 mars. Plus de 115.000 familles ont été déplacées dans des provinces de l'Est et du Sud. Le Pakistan a aussi fait état de morts de civils.
"Consterné par les informations sur des frappes pakistanaises en Afghanistan. Mes condoléances", a écrit sur X le rapporteur spécial des Nations unies pour l'Afghanistan Richard Bennett en appelant les parties "à la désescalade et à protéger les civils et les sites comme les hôpitaux".
Un émissaire chinois s'était rendu en Afghanistan et au Pakistan entre le 7 et le 14 mars pour mener une médiation et appeler à un cessez-le-feu immédiat, a annoncé Pékin lundi avant la frappe.
"Les efforts diplomatiques des mois derniers ont échoué et les pays du Golfe sont maintenant occupés avec leur propre guerre, la Chine n'a que peu de succès", a estimé Michael Kugelman, un expert du centre de réflexion Atlantic Council international affairs.
Le Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) a averti cette semaine qu'une "instabilité persistante (pousserait) des millions de personnes à souffrir encore plus de la faim" en Afghanistan.
K.Thomson--BTB