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Top 14: multi-commotionné, Haddad (La Rochelle) regoûte au plaisir du rugby
"Je mesure la chance que j'ai": victime de plusieurs commotions cérébrales, la dernière avant Noël à Bayonne, le 3e ligne de La Rochelle Matthias Haddad confie à l'AFP "le plaisir" qu'il a d'être de retour sur les terrains.
Agé de 25 ans, le champion du monde U20 a repris le cours de sa carrière fin février après avoir dû passer divers examens neurologiques imposés par World Rugby.
Q: Comment êtes-vous ressorti de toutes ces incertitudes liées à vos différentes commotions ?
R: "Forcément on grandit, parce que c'est une étape difficile en tant que joueur de rugby, mais aussi en tant qu'homme. C'est une pression non volontaire, médiatique, de savoir si on va rejouer ou pas, sachant qu'on ne maîtrise pas forcément la décision finale".
Q: Vous aviez anticipé tous les scenarii possibles ?
R: "Je l'avais assez bien préparé. Il y a deux ans, après une récidive au niveau du ligament latéral de mon genou, j'avais les mêmes incertitudes, mais c'était moins médiatisé. Aujourd'hui, ça me fait beaucoup plus apprécier le fait d'être sur le terrain, je prends énormément de plaisir, je mesure la chance que j'ai. Le maître mot pour moi c'est le plaisir, je le note chaque semaine dans mon cahier et c'est important pour moi d'être avec mes copains, de jouer, de faire ce que j'aime".
Q: Vous avez craint de devoir dire stop ?
Q: "Forcément, c'était une option, donc il ne fallait pas être dans le déni et ne pas le fuir. Maintenant, il y a toujours pire dans la vie. Et parfois, ça aide aussi à accepter les choses. Je n'avais pas envie d'arrêter mais si j'étais obligé, je n'allais pas me voiler la face et j'allais accepter le sort. Aujourd'hui ce n'est pas le cas et j'en suis très heureux".
Q: Certaines commotions recensées chez des joueurs ont débouché sur des cas graves de démence, de perte de mémoire. Cela vous a fait peur ?
R: "Ça fait peur si j'avais été à leur époque. Aujourd'hui, on a beaucoup avancé, que ce soit dans la science, la prévention, et c'est très bien parce que ça me permet aussi d'avoir l'option d'arrêter ou non, par rapport aux connaissances qu'ils ont sur des études, sur des suivis médicaux. J'ai la chance d'avoir un protocole qui permet d'être suivi tout au long de ma carrière pour savoir si un jour ça ne va pas, donc c'est primordial".
Q: Depuis votre retour, vous avez des appréhensions en entrant sur le terrain ?
R: "Non, je n'ai pas d'appréhension ni une quelconque inquiétude par rapport à mon cerveau parce que je suis prêt, je vais bien, et c'est l'essentiel. Parce que demain, si ma santé est vraiment mise en danger, j'arrêterai, c'est sûr".
Q: L'accident cardiaque de votre coéquipier Uini Atonio fin janvier vous a fait relativiser ?
R: "Oui, bien sûr. C'est terrible ce qui est arrivé à Uini, un proche et un très bon ami, donc c'était difficile et dur à encaisser. Maintenant, il est toujours vivant, c'est aussi ce qu'il faut dire. Il faut toujours prendre le positif, il a toujours le sourire, il est toujours présent et c'est un peu une leçon de vie. On se sent petit à côté de mecs, de légendes comme ça, et ça me permet de relativiser et d'accepter un peu plus la situation".
Q: Avez-vous pensé à faire évoluer votre jeu, en prenant moins de risques dans les zones de contacts ?
R: "J'ai beaucoup travaillé avec le staff pour ne pas avoir d'inquiétudes sur le physique ou sur le rugby. Avec cette notion de plaisir, je me prends beaucoup moins la tête et c'est quand je me prenais la tête, que je voulais prouver, que je faisais les choses à l'envers et qu'il se passait de mauvaises situations. C'était une dimension mentale. Là, j'ai travaillé avec des préparateurs mentaux, des psychologues. C'est important de parler, d'appuyer, de mettre le doigt là où ça ne va pas, de le pointer du doigt".
Propos recueillis par Raphaël PERRY
J.Bergmann--BTB