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JO: Lucas Defayet, le Breton du skeleton qui rêvait du Stade rennais
"C'est pas gardien de but du Stade rennais mais c'est quand même une super aventure!" Enfant, Lucas Defayet rêvait de devenir footballeur et si ce rêve est passé, le Breton en a réalisé un autre, plus original, celui de disputer des Jeux olympiques en... skeleton.
Comment passe-t-on de la verte Bretagne à la glace de Cortina, où cet athlète de 28 ans sera le premier tricolore depuis 16 ans à s'aligner jeudi dans cette discipline confidentielle en France et consistant à dévaler une piste de luge tête la première à 130 km/h?
Il faut de la persévérance, du courage, des sacrifices bien sûr, mais aussi, fatalement, un trait d'union, en l'occurrence paternel, parce que "c'est quand même quelque chose d'un peu unique d'habiter Rennes et de faire du skeleton", déclare à l'AFP ce garçon "avenant" rencontré au village olympique.
Si sa mère est bretonne, le père de Lucas Defayet, lui, travaille à La Plagne "en tant que +glacier+", sur la piste des JO-1992 d'Albertville. Et le jeune Lucas y passe vite toutes ses vacances scolaires.
"Au début, c'était de la luge, ça me permettait de voir mon père également pendant ses heures de boulot et après, à 14 ans, j'ai débuté le skeleton, j'ai vraiment accroché", se remémore-t-il.
La graine est semée et, à défaut de continuer le foot, Lucas Defayet bénéficie des qualités d'explosivité du poste de gardien de but au moment d'entamer sa progression en skeleton.
"Il me manquait la partie force, musculation, j'ai donc dû travailler ça. J'ai progressé et ça m'a permis de pousser plus et de m'améliorer d'année en année".
- "Les croisés" -
Les premières performances tombent et, au tournant de la vingtaine, en 2018, Lucas Defayet devient une première fois champion de France, ce qui lui ouvre les portes des Coupes d'Europe... et de financements salutaires pour le jeune employé de chantier qu'il est alors.
Lucas s'éclate à ressentir des "sensations uniques que je ne peux pas vraiment expliquer". "D'avoir la tête au ras de la glace, c'est quelque chose qu'on ne retrouvera pas en bobsleigh ou en luge".
Mais l'histoire serait encore trop simple.
Malgré tous ses efforts, il n'est pas retenu pour les JO-2022, une énorme déception qui l'incite à prendre une décision radicale: cesser toute activité professionnelle pour se consacrer pleinement au skeleton, quitte à basculer davantage dans la précarité.
Le sacrifice semble payer quand il intègre le Top 20 mondial en 2024-25. Mais le sort s'acharne. Alors qu'il joue au badminton, en avril 2025, il se blesse gravement à un genou -"les croisés"-, pour la deuxième fois.
A moins d'un an des JO de Milan Cortina, le compte à rebours est lancé. Pas d'opération et une rééducation à Capbreton, dans les Landes. "Il y a eu des moments où, forcément, j'ai eu le doute...", dit-il pudiquement.
- Objectif 2030 ? -
Remis sur pieds, une nouvelle décision radicale est enclenchée, celle de s'exiler en Amérique du Nord pour disputer la Coupe d'Amérique et empocher un maximum de points en vue d'une qualification aux Jeux.
"J'en ai parlé avec mon entraîneur qui m'a dit +si tu penses que c'est la bonne solution, fais-le+", raconte-t-il. La Fédération (FFSG) accepte aussi, et les podiums s'enchaînent, jusqu'à ce que la bonne nouvelle arrive après Noël: Lucas Defayet sera le premier Français à disputer les JO en skeleton depuis Grégory Saint-Géniès (15e) à Vancouver en 2010.
Croit-on à une médaille après un parcours aussi improbable? "Physiquement, je suis à 100%. Enfin peut-être à 95%, et à 100% le jour de la course. Mais il faut être réaliste, on a énormément de retard sur les Anglais, Allemands, Chinois... et la médaille, c'est quasiment impossible". Cela étant, "le but est aussi de prendre le maximum d'expérience en vue peut-être de 2030, pour les Jeux en France", glisse-t-il.
"Et puis, voilà, mon rêve était de devenir gardien au Stade Rennais mais malheureusement, ou heureusement, je n'ai pas réalisé ce rêve-là mais j'en ai réussi un autre, celui d'aller aux JO. Et je suis très fier de moi".
D.Schneider--BTB