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JO-2010: à Vancouver, la médaille d'argent "déjà d'or" de Martin Fourcade
"Cette médaille d'argent était déjà d'or à mes yeux". Seize ans après sa deuxième place de la mass start aux JO-2010 de Vancouver, "moment charnière" vers son destin olympique, Martin Fourcade va recevoir dimanche l'or après le déclassement du Russe Evgeny Ustyugov pour dopage.
Dans un entretien accordé à l'AFP, le Catalan de 37 ans s'est replongé dans ses souvenirs de cette course du 21 février 2010 et comment il s'est "construit autour de cette médaille", avant la cérémonie protocolaire sur le site d'Anterselva pour sa 6e médaille d'or olympique, le record aux Jeux d'hiver pour un Français.
Le soleil écrase la piste blanche du Parc olympique de Whistler. La neige est molle, presque de la soupe à certains endroits. Le Pyrénéen a 21 ans, il porte le dossard N.16 et mène le train du premier tour avec son frère aîné Simon avant le premier passage sur le pas de tir.
"Je prends une grosse claque derrière la tête avec deux fautes. Pour moi c'était fini. Je ressors à moitié dépité", se souvient Martin Fourcade, assis dans son canapé avec une vue imprenable sur les sommets acérés des Dolomites.
Pragmatique, "l'Ogre catalan" décide de se mettre dans les skis du Slovène Klemen Bauer car, après tout, "ça ne coûte rien de suivre". Il enchaîne deux cinq sur cinq au tir et revient dans la course, sans avoir conscience de pouvoir jouer la médaille.
Martin Fourcade fait un tour sur l'anneau de pénalité, quand Evgeny Ustyugov et le Slovaque Pavol Hurajt font un sans-faute, et le Français part alors en chasse avec 25 secondes de retard sur le duo de tête.
- "Faille spatio-temporelle -
"C'est une des premières fois dans ma carrière où la douleur se transforme en plaisir. Je passe à côté du Norvégien Emil Svendsen comme s'il n'existait pas, il y avait Vincent Jay qui venait d'être champion olympique deux jours avant, il y avait mon frangin qui était numéro un mondial", se remémore-t-il.
Le biathlète dépose Hurajt mais n'arrivera pas à revenir sur Ustyugov et termine deuxième à une dizaine de secondes du Russe. C'est la première fois de sa carrière qu'il franchit la ligne d'arrivée d'un départ groupé avec un mur de 50 photographes face à lui, une image qu'il garde en tête encore aujourd'hui.
"C'était une faille spatio-temporelle, j'étais dans un truc qui ne m'appartenait pas, c'était irréel. Le matin j'étais ce jeune athlète et là il y a un truc qui va changer", s'émerveille Martin Fourcade, même 16 ans plus tard.
"Je comprends que c'est ce que je veux faire de ma vie. Jusque-là c'était un rêve d'enfant. Je me dis +voilà t'es capable de le faire, il te reste une marche à franchir et tu vas tout mettre en place+. Donc cette médaille d'argent vis-à-vis de l'or elle a un rôle très important", affirme celui qui, jusqu'ici, n'était jamais monté sur un podium de Coupe du monde en individuel.
Sur la boîte, le futur "Patron" savoure son moment, la breloque argentée autour du cou et un bouquet de fleurs brandie en l'air dans la main droite. Tout en haut du biathlon mondial, il voit aussi les larmes de son frère Simon Fourcade, N.1 mondial à l'époque et 13e de la mass start.
"Ce n'était pas des larmes de bonheur, il était à la fois content pour son frère mais dévasté à titre personnel. C'est juste une émotion hyper humaine quand tu es sportif. Je n’en ai jamais voulu à Simon", confie Martin Fourcade, les yeux rougis.
- "Boucler la boucle" -
"Sur ce podium j'avais l'impression que ce n’était pas à moi d'y être, un sentiment de non-légitimité. Ca a beaucoup façonné la manière dont par la suite je me suis obligé à être irréprochable pour ne plus jamais avoir cette sensation très désagréable et pour avoir la sensation que ce soit à moi de l'être. Ce moment-là a vraiment été charnière pour moi", raconte-t-il.
L'or olympique a finalement été réattribué à Martin Fourcade par le CIO après le rejet en mai 2025 de l'ultime recours d'Evgeny Ustyugov contre sa disqualification pour dopage, en raison d'anomalies sur son passeport biologique, après déjà un premier contrôle positif à une substance interdite, le privant de tous ses résultats entre entre 2010 et 2014.
"Cette médaille d'argent était déjà d'or à mes yeux. Je me suis construit autour de cette médaille. Me dire en fait l'histoire aurait dû être différente et à quoi elle aurait ressemblé, c'est un peu perturbant", explique le Pyrénéen.
Cela fait des semaines que l'ex-star du biathlon se replonge avec douceur dans les souvenirs de son premier exploit olympique. Il apprécie aussi de penser au fait qu'une médaille olympique puisse "vivre encore aujourd'hui" là où les six autres "sont cachées dans un placard".
"J'avais 21 ans, j'étais un jeune garçon qui avait les dents longues. Aujourd'hui je suis papa de trois enfants. Je suis hyper heureux de pouvoir partager ce moment-là aussi avec mes enfants qui n'existaient pas à l'époque, avec leur mère qui était restée dans les Pyrénées. C'est une belle manière de boucler la boucle", savoure Fourcade aujourd'hui.
L.Janezki--BTB