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"De l'adrénaline": en Ukraine, des vétérans amputés trouvent appui dans l'escalade
"Une peur agréable": en Ukraine, des vétérans amputés trouvent adrénaline et camaraderie dans les hauteurs d'un mur d'escalade, alors que le retour à la vie civile peut être difficile pour les dizaines de milliers de soldats rentrés des combats contre l'invasion russe.
Dans une salle d'escalade moderne de Kiev, des vétérans enchaînent burpees et marches en crabe au son d'une musique pop énergétique, des bandes de résistance enroulées autour de leurs jambes et prothèses.
Chacun ajuste son harnais avant de se lancer sur les voies, une prise de couleur après l'autre, jusqu'au sommet.
"Ça fait peur, c'est intéressant, c'est de l'adrénaline, c'est un genre d'exercice physique inhabituel", témoigne auprès de l'AFP Oleg Khmylevskiï, un ex-combattant tout en muscles de 38 ans qui a perdu sa jambe droite au front.
Des dizaines de milliers de soldats ukrainiens blessés dans les combats pour repousser l'invasion russe, entrée dans sa cinquième année, trouvent du réconfort dans les activités et communautés dédiées à ce public en pleine expansion.
L'Ukraine ne communique quasiment pas sur leur nombre. En 2024, le président Volodymyr Zelensky avait évoqué 370.000 blessés.
D'après le Service national de la Santé, environ 95.000 amputations ont été réalisées pendant les trois premières années de la guerre.
Ces ex-soldats, en treillis militaire et béquilles, sont très visibles dans les rues de Kiev.
Selon un sondage en décembre du centre d'études ukrainien Rating Group, plus des trois-quarts d'entre eux craignent d'être confrontés à un manque de compréhension de la société, et presque autant redoutent le manque d'espaces inclusifs.
- "Peur et adrénaline" -
Oleg Khmylevskiï, tête rasée et yeux perçants, se souvient du trajet en voiture jusqu'à Kiev avec un ami pour rejoindre les combats aux premiers jours de l'invasion russe déclenchée en février 2022.
"On avait tous les deux, c'était presque comme dans un film, deux casques, deux gilets pare-balles et une épée de samouraï", raconte-t-il avec un petit rire.
Six mois plus tard, il sautait sur une mine dans une forêt de la région de Lougansk (est).
Le retour, une journée entière, est un supplice. Il refuse les antidouleurs les plus puissants pour rester capable d'ajuster le tourniquet bloquant l'hémorragie sur sa jambe.
C'est ce qui lui a sauvé le genou et évité de perdre sa jambe entière, pense-t-il.
L'escalade lui donne une dose de "peur agréable et d'adrénaline", dit-il à l'AFP.
"Les vétérans militaires ont aussi besoin d'adrénaline après les combats, et les hauteurs vous la donnent", explique à l'AFP Oleksandr Pedane, animateur de télévision et fondateur du club d'activités pour vétérans "Second souffle".
L'escalade les aide à se sentir de nouveau "en vie, plein d'énergie, athlétiques" et s'avère être "un outil extrêmement puissant pour la réhabilitation et la réintégration", ajoute-t-il.
- "Jackpot" -
Roman Govrylïak, 35 ans, attend son tour pour se lancer sur la voie, sa prothèse posée par terre. Il a perdu sa jambe droite dans l'explosion d'une mine en 2023.
"La toute première chose que j'ai dite - je m'en souviens très bien - c'était +mais comment je vais faire du ski ?+".
Désormais, il pêche et fait de la randonnée avec d'autres vétérans du club, qu'il considère comme "un grand cercle" de camaraderie.
"Vous êtes au milieu de gens qui vous comprennent, vous n'avez pas besoin de leur expliquer quoi que ce soit", raconte-t-il.
Il travaille aujourd'hui dans le secteur de la technologie militaire.
Le chômage après les combats est une crainte pour 73% des vétérans interrogés par Rating Group.
Jusqu'à 60% d'entre eux retrouvent leur emploi d'avant-guerre, selon le ministère ukrainien pour les vétérans.
"Un vétéran a de l'expérience et ne sera certainement pas remobilisé", a indiqué la ministre Natalia Kalmykova à l'agence de presse RBC Ukraine en décembre, ce qui en fait "un groupe particulièrement valorisé sur le marché du travail".
L'Ukraine a lancé cette année le déploiement de "hubs pour vétérans" avec espaces événementiels et de travail partagés, zones enfants et installations sportives.
Alina Bilïakova, une instructrice d'escalade de 33 ans, considère ses élèves comme des modèles d'inspiration.
"Ils ne se plaignent de rien. Ils ne sont jamais en retard", dit-elle, admirative de leur détermination. Ils peuvent souvent "en faire bien plus que ceux qui sont sans handicap".
M. Khmylevskiï en arrive parfois à oublier sa jambe amputée.
Perdre une jambe en dessous du genou est finalement "le jackpot, considérant toutes les infortunes possibles", plaisante-t-il.
"En général, on peut vivre comme avant, juste avec quelques nuances", affirme-t-il.
A.Gasser--BTB