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Biathlon: "Je ne me fixe aucune limite", assure Eric Perrot à l'AFP
A l'issue d'une saison quasi parfaite, avec un gros globe de cristal et trois médailles olympiques, le biathlète Eric Perrot veut continuer sa progression pour briller aux JO-2030 dans les Alpes françaises et, à 24 ans, ne se fixe "aucune limite".
Dans un entretien accordé mercredi à l'AFP, le Savoyard estime que cette saison "fabuleuse" lui a permis de marquer de "très gros points" pour "perdurer dans le temps" et s'imposer comme une référence mondiale de son sport.
QUESTION: Quels mots posez-vous sur cette saison ?
REPONSE: "Fabuleux. Ça fait quatre ans que je bosse dessus. J'ai vraiment savouré chacune des parties de cette saison. J'en sors satisfait et un peu émoussé émotionnellement. La journée qui m'a vraiment marqué, aussi bien mentalement, émotionnellement et physiquement, c'était la victoire en relais masculin lors des Jeux olympiques (le 17 février, NDLR). J'avais tellement de satisfaction d'avoir tenu le rang qu'on voulait tenir. Ca m'a lessivé. Du coup, les pensées sont un peu brouillées. Mais cette course a laissé une trace un peu mythique, déjà parce qu'on a écrit l'histoire avec mes amis et aussi parce que j'ai dû aller chercher loin."
Q: Vous avez décroché un titre mondial l'an dernier, le gros globe de cristal et trois médailles aux JO cette année. A 24 ans, vous diriez que vous êtes dans les temps de votre ambitieux planning ?
R: "C'est trop cool d'avoir déjà réussi à gagner presque toutes les compétitions que je voulais gagner. Je pourrais avoir le sentiment de vouloir savourer un petit peu. Mais je sais que je ne peux pas me le permettre maintenant, c'est trop tôt. J'ai envie de continuer ce développement parce qu'il y a tellement de potentiel et de possibilités derrière."
Q: A Oslo le week-end dernier, votre coach Simon Fourcade disait que vous étiez déjà tourné vers les Alpes 2030 pour ne pas vous reposer sur vos acquis. Quels sont vos axes de progression ?
R: "Me reprojeter trop vite, ça peut être une erreur. Quand j'écoute d'autres personnes qui ont vécu ça, ils me disent de vraiment prendre le temps. C'est ce que je vais faire. Pour autant, je refuse de me reposer sur mes lauriers. J'ai envie de me reprojeter directement vers un projet à quatre ans. Et pour ça, il faut qu'on trouve des façons de me stimuler. J'ai de la marge de progression sur beaucoup de choses, je ne me fixe aucune limite. J'ai envie de mettre une programmation ambitieuse pour continuer à évoluer physiquement, me densifier pour être capable de fournir de grosses courses encore plus régulièrement."
Q: Dans un entretien accordé à l'AFP, Martin Fourcade disait que celui qui brillerait aux Jeux olympiques et gagnerait le gros globe après la retraite du Norvégien Johannes Boe s'installerait comme la figure centrale du biathlon. Vous êtes d'accord ?
R: "C'est vraiment mon ambition. Maintenant, saison après saison, course après course, tout est remis à plat. Je sais que j'ai marqué de très gros points, assez pour remporter un premier gros globe de cristal, ça reste quelque chose de marquant dans une carrière. On s'est écrit rapidement avec Martin, il sait à quel point un premier peut être impressionnant, il en a eu sept consécutifs. A moi de construire derrière quelque chose de solide pour pouvoir perdurer dans le temps."
- "Chercher le 1% qui m'a manqué" -
Q: Dans l'individuel (20km) aux JO, vous sembliez presque déçu de n'avoir que la médaille d'argent. Comment avez-vous digéré cela ?
R: "Je visais tellement l'or sur cette course. Je m'étais préparé mentalement depuis tant d'années sur ce parcours. Honnêtement, j'ai collé à mon schéma à 99%, en engageant la course à fond à ski et au tir, très offensif comme je le voulais, la course de mes rêves. Quand je loupe ma balle au deuxième tir, je m'en veux car des pensées arrivent. Je sais qu'elle va me coûter cher, la médaille d'or."
Q: En 2010 à Vancouver, Martin Fourcade décroche sa première médaille olympique (l'argent devenu l'or le déclassement du Russe Evgeny Ustyugov pour dopage, NDLR). Il dit que sans cette deuxième place, il n'aurait pas eu deux titres à Sotchi quatre ans plus tard. Cela vous inspire ?
R: "Je pense oui. J'ai vécu des Jeux de folie, avec les médailles d'or en relais (mixte et masculin). Je n'échangerais pour rien au monde ce que j'ai vécu là contre une médaille d'or individuelle. Mais c'est vrai que je rentre avec un sentiment d'inaccompli. Je me dis que c'est une chance, parce que mon rêve est encore devant moi, alors qu'ils auraient pu être quasi tous derrière moi après cette saison. Ça sera un réel moteur dans quatre ans quand je prendrai le départ des Jeux des Alpes françaises. J'aurai vraiment à coeur de chercher le petit pourcentage qui me manquait la dernière fois."
O.Lorenz--BTB