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"C'est l'équipe des mollahs": au Mondial, la sélection iranienne reniée par une partie de son public
"Plus jamais d'ayatollahs !", "Liberté pour l'Iran !" A Los Angeles, la Coupe du monde a débuté sous les protestations lundi pour l'équipe d'Iran, lors d'un match contre la Nouvelle-Zélande, auquel se sont invités plusieurs centaines d'opposants à la République islamique dans l'enceinte.
Nombre d'entre eux se sont d'abord rassemblés devant le SoFi Stadium pour faire flotter l'ancien drapeau de l'Iran - celui d'avant la révolution islamique de 1979, orné d'un lion et d'un soleil.
Les manifestants ont joué du tambour et donné de la voix contre la "Team Melli", qu'ils conçoivent comme un instrument de propagande de Téhéran.
"Cette équipe n'est pas celle du peuple iranien, c'est celle du régime", a dénoncé Ava Amin, une étudiante en philosophie venue manifester avec une banderole réclamant un "changement de régime".
"Quand le peuple se fait tuer, ils ferment les yeux et restent silencieux", a-t-elle ajouté.
Sur le papier, l'importante communauté iranienne de Los Angeles, parfois surnommée Tehrangeles, aurait pu donner à la Team Melli l'impression de jouer à domicile, lors de ce match qui s'est terminé par un nul (2-2).
Mais en Californie, une large partie de la diaspora est farouchement opposée à la République islamique et veut profiter de l'attention générée par le Mondial pour rappeler les exactions commises par le pouvoir en place depuis 47 ans.
"C'est l'équipe des mollahs, donc on ne peut pas la soutenir", renchérit Gilbert Gastin, un Irano-Américain exilé depuis 20 ans.
- Hymne hué -
A 44 ans, cet employé du bâtiment est venu protester contre la répression sanglante des manifestations populaires en Iran en janvier, qui a fait plusieurs milliers de morts selon de nombreuses ONG.
"Ce régime a tué tant de gens en 47 ans, nous sommes ici pour rappeler à tout le monde que l'Iran a besoin d'une démocratie", souffle-t-il, vêtu d'un t-shirt avec un imprimé du drapeau d'avant la révolution.
Téhéran juge ce symbole inacceptable et avait menacé de faire arrêter le match si ces bannières venaient à pénétrer à l'intérieur du stade.
Et malgré le règlement de la Fifa, qui interdit les signes politiques, de nombreux supporters sont rentrés dans l'enceinte en arborant fièrement ce drapeau, et sans vraiment cacher leurs t-shirts protestataires, ont constaté plusieurs journalistes de l'AFP.
Certains stadiers ont ici et là demandé aux spectateurs engagés de ranger ces étendards, sous peine d'expulsion. Mais dans l'immense enceinte de 70.000 places, plusieurs centaines de personnes ont finalement arboré ce symbole sur leurs vêtements.
Résultat, les huées se sont mêlées aux encouragements, lorsque l'hymne national iranien a retenti. Comme au Qatar en 2022, lorsque la Coupe du monde s'était déroulée quelques mois après la répression sanglante des manifestations provoquées par la mort de la jeune Mahsa Amini - arrêtée pour un voile supposément mal ajusté.
- "Pas facile" -
Une atmosphère déplorée par certains fans comme Farideh Mansoor.
Les joueurs "ont tout donné pour en arriver là", rappelle cette cheffe d'entreprise. "C'est pour ça qu'on doit les soutenir."
"C'est du sport ! Ce n'est pas une question politique", ajoute cette Irano-Américaine, arrivée aux Etats-Unis il y a 35 ans.
Dans ce tournoi organisé aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, la Team Melli doit pourtant composer avec une intense pression extra-sportive.
A cause de la guerre lancée fin février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, sa participation a été incertaine jusqu'au bout.
Au lieu de séjourner en Arizona comme prévu, l'équipe s'est exilée à Tijuana, au Mexique, pour établir son camp de base. Et les Etats-Unis ont refusé des visas à une quinzaine de membres de l'encadrement pour ses trois matches de poule, qui se déroulent sur son sol.
"Ce n'est pas facile pour eux", concède Hamid Parvizi, venu lui aussi donner de la voix contre l'équipe.
"Mais quand on parle de l'Iran, c'est impossible de séparer sport et politique", estime ce comptable de 34 ans, en rappelant que la sélection a elle-même débarqué à Tijuana en portant des pin's commémorant une frappe meurtrière survenue sur une école iranienne pendant la guerre.
Ce fan du FC Barcelone reste persuadé que des critères politiques rentrent dans la sélection de la Team Melli.
Pour ce Mondial, il regrette notamment l'absence de Sardar Azmoun, le troisième meilleur buteur de l'histoire de la sélection, écarté selon lui à cause d'une publication sur les réseaux sociaux qui aurait déplu à Téhéran.
"Avec ce genre de choses qui se passent, je ne peux pas faire confiance à cette équipe", lâche-t-il.
T.Bondarenko--BTB