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Mondial-2026 : après les violences xénophobes en Afrique du Sud, les Africains boudent les Bafana Bafana
"Il faut leur donner une leçon !" Dans un bar sportif de Nairobi, les violences xénophobes en Afrique du Sud l'emportent sur le traditionnel soutien aux équipes africaines, et beaucoup encouragent la République tchèque contre les Bafana Bafana lors de leur deuxième match du Mondial-2026 (1-1).
"Tout est politique dans le football. Et nous sommes contre ce que l'Afrique du Sud défend", affirme Shahim, une Kényane de 37 ans, serrant les poings de joie à chaque occasion sud-africaine manquée. "Nous voudrions que la majorité des Sud-Africains soit contre ce qui se passe chez eux, qu'ils se dressent contre les violences xénophobes. Mais rien ne se passe."
L'Afrique du Sud est en proie depuis plusieurs mois à des manifestations réclamant le départ des immigrés clandestins. Ces marches n'ont jamais dépassé quelques milliers de personnes mais elles se sont accompagnées d'un torrent de haine xénophobe en ligne et ont eu un fort écho médiatique.
"Nous soutenons toutes les autres équipes africaines. Mais nous voulons montrer aux Sud-Africains que leurs actes ont des conséquences, acquiesce Fatma, une agricultrice de 34 ans, amie de Shahim. Quand tu as un complexe de supériorité, tu souffres tout seul."
L'Afrique du Sud a annoncé dimanche avoir rapatrié 2.745 étrangers en une semaine, suite à la promesse du président Cyril Ramaphosa de durcir la lutte contre l'immigration illégale.
Ces dernières semaines, le Ghana et le Nigeria ont rapatrié plusieurs centaines de leurs ressortissants. Quelque 600 Mozambicains sont également rentrés chez eux après des violences dans la ville de Mossel Bay (sud) qui ont fait au moins deux morts, selon la police - cinq selon les autorités de Maputo - et donné lieu à des pillages et incendies volontaires début juin.
Dimanche, des ressortissants du Malawi ont également été évacués vers leur pays, depuis un terrain vague de la ville portuaire de Durban (est) où 7.000 ressortissants étrangers ont trouvé refuge.
Une situation qui passe mal dans le reste de l'Afrique. Beaucoup ont donc pris les Bafana Bafana en grippe pour dénoncer cette situation, prêts à soutenir tous leurs adversaires durant la Coupe du monde.
Les commentaires de soutien au Mexique, qui s'est facilement défait 2-0 des Sud-Africains lors du match d'ouverture, ont déferlé sur la toile, où l'on pouvait voir une carte du continent africain recouvert du drapeau mexicain, à l'exception de l'Afrique du Sud.
- "Message entendu" -
"L'Afrique du Sud ne peut même pas attaquer le Mexique. Les seuls qu'ils peuvent attaquer sont les Ghanéens chez eux", dénonçait sur X, avant le premier match, l'influenceur ghanéen Eric Boateng. "Tout le continent semble être devenu Afro-Mexicain", ironisait aussi Wode Maya, l'un des vlogeurs ghanéens les plus suivis, demandant à ses fans de lui répondre en espagnol.
Même un communicant de la Confédération africaine de football, Ibrahim Sannie Daara, s'en était pris sur X aux Bafana Bafana - "Vous ne pouvez pas maltraiter l'Afrique et attendre sa bénédiction sur la scène mondiale" -, avant de modérer ses propos et d'appeler tous les Africains à "porter le maillot" sud-africain.
Un message qui n'est que partiellement arrivé jusqu'à Nairobi. L'esprit est bien resté bon enfant dans le bar dans lequel l'AFP s'est rendu, où quelques Sud-Africains étaient présents.
Edwin, un communicant kényan de 50 ans, s'est dit décidé à soutenir l'Afrique du Sud en tant qu'équipe africaine, se refusant à "juger tout le pays au nom d'une minorité" xénophobe. Et rappelant des temps bien plus durs encore en Afrique de l'Est, quand le dictateur Idi Amin Dada avait fait expulser des dizaines de milliers d'Ougandais d'origine indo-pakistanaise en 1972, ce que "tous les Ougandais ne soutenaient pas".
Richie, un consultant tanzanien en voyage à Nairobi, n'a toutefois donné aucune excuse aux Sud-Africains. Et par extension aux Bafana Bafana.
"Ce n'est pas parce que tu n'as pas de boulot que tu peux t'en prendre à d'autres Africains. Il faut leur donner une leçon, tranche-t-il. Et s'il faut que ce soit par leur équipe de foot, tant pis pour eux. Le message a été entendu."
La Fédération de football sud-africaine a dénoncé mercredi dans un communiqué le "harcèlement en ligne" et les "messages injurieux" adressés à ses joueurs, qu'elle a qualifiés d'"inacceptables".
Lors d'une conférence de presse jeudi, le gardien et capitaine des Bafana Bafana Ronwen Williams a confié "souffrir" de la polémique. "Vous voulez vous concentrer sur votre travail, qui est d'être un footballeur, a-t-il poursuivi, mais on vous implique dans la politique, un endroit où vous ne voulez vraiment pas vous trouver."
H.Seidel--BTB