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Mexique: retour sur un nouveau massacre de jeunes qui indigne le pays
Tuerie aveugle ou règlement de comptes? Dans un pays gangréné par le narcotrafic, le massacre de 11 jeunes qui célébraient une fête traditionnelle d'avant Noël le 17 décembre dans le centre du Mexique pose encore de nombreuses questions.
Outre les 11 tués, âgés de 16 à 36 ans, 14 personnes ont été blessées dans l'attaque de Salvatierra, dans l'état du Guanajuato, le plus violent du pays (4.256 homicides en 2022).
Aucun lien n'a été établi à ce stade avec le narcotrafic. Début décembre, cinq étudiants avaient été victimes d'une tuerie similaire dans le même Etat. Depuis août, cinq autres jeunes, enlevés dans l'Etat du Jalisco (ouest), sont portés disparus, très probablement tués.
- Pourquoi plus d'émotion que d'habitude?-
Souriants, visiblement heureux de se retrouver le temps d'une "posada", ces réunions qui ponctuent l'approche de Noël au Mexique: ainsi apparaît le groupe d'une trentaine de jeunes sur une photo prise avant la tuerie de Salvatierra.
Sa diffusion a contribué à émouvoir un pays qui enregistre plus de 30.000 homicides par an.
Une ex-reine de beauté, un adolescent, un musicien: le profil des victimes a nourri l'impression d'une violence "indiscriminée", selon l'éditorialiste Jorge Zepeda Patterson, du site d'information El Pais.
Le massacre laisse penser que cette violence "peut atteindre tout le monde", et qu'elle "transforme nos enfants en une population à risques, sujets à la loi du hasard", résume-t-il. Bref, qu'elle déborde désormais le cadre de la rivalité entre les cartels.
- Qui les a tués et pourquoi? -
Les agresseurs ont fait irruption là où se tenait la fête, une hacienda (corps de ferme) de style colonial sur le territoire de la localité de Salvatierra.
Explication du parquet du Guanajuato: des inconnus ont voulu s'inviter de force, mais le groupe leur a demandé de se retirer. Par la suite, les trouble-fêtes sont revenus accompagnés d'hommes armés de fusils.
"C'est alors qu'ils ont commencé à tirer", a indiqué le parquet dans un communiqué qui fait état de 195 balles tirées, mais ne donne aucune information quant aux agresseurs.
La thèse de "vengeance" n'est "pas suffisante", a estimé le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador.
L'expert en sécurité David Saucedo, consulté par l'AFP, avance qu'un des organisateurs de la fête était victime d'extorsion de la part de groupes criminels.
Il explique que la région de Salvatierra est contrôlée par le cartel local Santa Rosa de Lima, qui pratique enlèvements, trafic de combustibles et de drogue.
Santa Rosa de Lima se dispute le territoire du Guanajuato avec le plus violent des cartels mexicains, Jalisco Nueva Generación.
Etat industriel, dont les autorités aiment aussi mettre en avant les atouts culturels et touristiques, le Guanajuato affiche un taux d'homicides de 61,8 pour 100.000 habitants, plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale (27,6), d'après des chiffres officiels de 2021.
- Pourquoi la réaction du président a suscité des critiques? -
Le président Lopez Obrador a été critiqué après avoir répondu "oui" à la question de savoir si la consommation de drogue pouvait expliquer le massacre des onze jeunes.
Sa réaction a remis sur la table la question de la "revictimisation" - terme utilisé au Mexique pour désigner des propos portant atteinte à l'honneur des victimes.
Deux semaines plus tôt, il avait lié l'assassinat de cinq étudiants dans le même Etat du Guanajuato au fait qu'ils étaient en train d'acheter de la drogue à un revendeur "sur un territoire qui appartenait à une autre bande".
Ce type de commentaires "met du sel sur les blessures de toutes les familles", a réagi Angélica Zamudio, la tante d'une des victimes. "Ce sont des jeunes qui travaillaient, qui étudiaient, qui avaient des enfants", a-t-elle ajouté. "Je les connaissais, et je sais qu'ils étaient des jeunes bien", a renchéri le maire de Salvatierra, Germán Cervantes.
La polémique s'inscrit aussi dans un contexte de rivalité politique. Guanajuato est l'un des cinq Etats (sur 32) gouvernés par le parti d'opposition du PAN (droite libérale conservatrice). Le président Lopez Obrador (gauche nationaliste) a demandé la démission du procureur de l'état "en poste depuis 13 ans".
F.Pavlenko--BTB