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Aide sociale à l'enfance: Asterya, un lieu doux pour réparer les enfants violentés
Un toboggan à dévaler, un tipi où se blottir, des étoiles au plafond... Premier du genre en France, le centre de soins Asterya accueille dans ses murs pastel des enfants blessés, violentés par leur famille, confiés à l'Aide sociale à l'enfance en Ile-de-France.
Inauguré mercredi, ce Centre d'appui à l'enfance propose, en hôpital de jour, des soins pluridisciplinaires de longue durée à des jeunes - jusqu'à 25 ans - en protection de l'enfance: diagnostic, parcours de soins, partenariats avec la médecine de ville. C'est aussi un lieu de formation et de recherche.
Murs crème incurvés comme des vagues, plafond constellé d'étoiles LED, hublots à chaque porte - l'un à hauteur d'enfant, l'autre d'adulte -, toboggan pour descendre d'un étage: une école primaire de l'est de Paris s'est muée en cocon lumineux.
En France, sur 380.000 enfants confiés à l'ASE, la moitié sont "placés, c'est-à-dire retirés à leur famille après avoir subi des violences graves, physiques, sexuelles, psychologiques et des carences affectives majeures", explique à l'AFP celle qui a rêvé et porté Asterya (du grec "aster", étoile) à bout de bras: la professeure Céline Greco, cheffe du service de la douleur à l'hôpital Necker-Enfants malades.
"Nous avons aussi des bébés secoués qui présentent des troubles neurologiques", ajoute-t-elle.
Parfois "co-victimes de violences conjugales ou de féminicides", ces enfants multitraumatisés cumulent les problèmes de santé: eczéma, urticaire, asthme, allergies, surpoids, troubles du comportement alimentaire, diabète précoce, problèmes dentaires, de vue, d'audition... Certains développent des maladies auto-immunes", égrène la médecin, elle-même ancienne enfant placée.
"On estime qu'un enfant sur deux confié à l'ASE a des troubles psychiques", poursuit-elle. "On a des dépressions chez des enfants très jeunes, même bébés", tandis que les ados développent "des conduites à risques, des addictions".
Faute de soins précoces, ces enfants "risquent de perdre 20 ans d'espérance de vie", selon des études américaines.
- Soins "précoces et intensifs" -
Alors qu'ils représentent la moitié des hospitalisations complètes en pédopsychiatrie, seuls 30% de ces enfants bénéficient d'un bilan de santé en arrivant à l'ASE et moins de 10% d'un réel suivi de leur santé.
Or un programme expérimental de santé publique, Pégase, "montre qu'une prise en charge précoce et intensive améliore grandement leur état de santé: en 24 à 36 mois, ils retrouvent des courbes de développement normales", explique Céline Greco, qui espère suivre 2.000 enfants par an à Asterya.
Des soignants (pédopsychiatres, psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, infirmières puéricultrices, etc), sans blouse, accueillent l'enfant par le jeu, "parce que ça reste impressionnant de venir ici", dit à l'AFP Alix Bertheau, psychologue.
"Des tours de toboggan, une partie de cartes, créent du lien" et font du centre un lieu sécurisant où "les enfants, et le référent qui les suit depuis des années à l'ASE, se sentiront en confiance", ajoute-t-elle.
"Des espaces qu'on pensait ludiques s'avèrent thérapeutiques. L'autre jour, quatre frères placés dans des familles différentes ont foncé dans le tipi se blottir les uns contre les autres", raconte Sylvain Turgis, directeur du pôle santé d'Im'pactes, l'association créée par Céline Greco.
Les peintures colorées du street artist Seth - petit Prince à la besace pleine d'étoiles, enfant serrant son doudou... -, apportent de la poésie au lieu, loué à la Ville de Paris par Im'pactes, co-financé par des mécènes (Axa, Accor, Kering...) et l'AP-HP, qui emploie les soignants.
"C'est délicat pour nous d'entendre toute la journée des récits de vie très difficiles, donc c'est important d'avoir un lieu sympa", glisse le psychologue Sacha Amsellem, assis sur une chaise d'enfant de la salle d'art-thérapie.
Un centre ouvrira bientôt à Bordeaux, d'autres devraient suivre (Hauts-de-France, Grand-Est, PACA, Auvergne-Rhône-Alpes...)
"Ne pas prendre en charge ces enfants est un gâchis humain et financier: les conséquences, à l'âge adulte, des violences subies dans l'enfance coûtent 38 milliards d'euros par an à la société", relève Céline Greco.
En arrivant à Asterya, se réjouit-elle, une adolescente s'est exclamée: "Pour la première fois, on a quelque chose qui est vraiment pour nous !"
M.Furrer--BTB