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A Nancy, des parties civiles regrettent l'"omerta" autour des décharges sauvages de Nestlé
"Omerta" face à une vraie "question de santé publique", ou situation sous contrôle? Au procès de Nestlé pour des décharges sauvages autour de ses usines d'eau dans les Vosges, les débats ont tourné mercredi autour de la réalité d'une supposée pollution aux microplastiques.
Deux responsables associatifs, Bernard Schmitt et Jean-François Fleck, ont témoigné en tant que parties civiles devant le tribunal correctionnel de Nancy, où est jugée depuis lundi une filiale de Nestlé en charge de la commercialisation de ses eaux, notamment Hépar, Contrex et Vittel.
Le premier, qui a fondé le Collectif Eau88 après avoir appris l'existence de ces décharges, a regretté "une forme d'omerta dans les territoires". Il a aussi témoigné de sa "sidération" face à ce "stock archaïque de déchets d'un autre temps, d'une violence industrielle incroyable".
"Je ne sais pas comment vous allez gérer ce stock", a dit ce médecin retraité à destination du tribunal, tout en appelant à l'"arrêt de la production de ces plastiques absolument terrifiants" pour la santé.
Jean-François Fleck, vice-président de l'association Vosges nature environnement (VNE) a lui regretté une sorte de règle locale selon laquelle "on ne touche pas à l'industriel", donnant ainsi priorité à l'économie et l'emploi, au détriment de l'environnement.
- "Arbre qui cache la forêt" -
Un inspecteur de l'Office français de la biodiversité (OFB) a rappelé de son côté que les microplastiques pouvaient avoir des conséquences non seulement sur l'environnement, mais aussi sur la "santé humaine". Par ailleurs, même si les débats ont majoritairement porté sur les microplastiques, ces derniers sont "l'arbre qui cache la forêt" d'une pollution plus vaste, selon ce fonctionnaire, qui a cité notamment les nanoplastiques, encore "plus difficiles à traiter".
Comme les parties civiles et le procureur, l'inspecteur a soutenu la réalisation d'analyses complémentaires de la pollution des sols et eau autour des décharges, estimant qu'on ne pouvait "pas se contenter des analyses de Nestlé" - les seules présentées au tribunal dans le cadre de ce procès, et qui ne démontrent aucune pollution des eaux des forages de l'entreprise.
Le tribunal, saisi de cette demande, ne s'est pas prononcé dans l'immédiat et a choisi de poursuivre les débats jusqu'à vendredi.
"Il y a une ambiance de soupçon sur tout ce que peut produire Nestlé", a déploré l'un des quatre avocats de l'industriel, Me Maël Bertho. C'est Nestlé lui-même qui a "entretenu cette ambiance", notamment lors de la commission d'enquête, lui a rétorqué l'inspecteur de l'environnement.
D'autres analyses, commandées par le parquet lors de l'enquête et qui mettaient en avant des "taux incommensurables" de ces polluants, ont été supprimées de la procédure et ne peuvent plus être débattues devant le tribunal.
"On n'a rien à cacher", avait insisté plus tôt dans la journée Nizar Benismail, responsable du laboratoire central de Nestlé, à propos des trois analyses rassurantes présentées par l'entreprise. Le "processus d'accréditation" des laboratoires qui les ont réalisées "empêche de toucher aux résultats", a-t-il souligné.
- "Prêts" à nettoyer -
L'industriel a par ailleurs réfuté toute volonté de gagner du temps avant de nettoyer les trois sites qui doivent encore l'être. Il n'est "pas dans (l')intérêt" de Nestlé "de passer trop de temps" sur cette question, a assuré l'ancien directeur des sites de Vittel et Contrexéville, Luc Desbrun. "Nous sommes prêts, et avons provisionné depuis longtemps les coûts" nécessaires, a ajouté l'ancien responsable, qui a dit toutefois vouloir être sûr que "retirer ces déchets n'est pas déplacer le problème".
Questionné par ailleurs sur les microfiltrations mises en place par Nestlé sur ses eaux, M. Desbrun a botté en touche, disant que "cette situation n'a absolument rien à voir avec les débats".
Nestlé Waters Supply Est, filiale du géant suisse chargée de ses eaux minérales, est poursuivie pour avoir "exploité" ou "géré" des décharges sauvages contenant plus de 473.000 mètres cubes de bouteilles en plastique et autres polluants dans quatre communes vosgiennes, proches des sites où elle embouteille ses marques Vittel, Contrex et Hépar.
Elle se voit également reprocher d'avoir "laissé s'écouler dans les eaux superficielles et souterraines" des "particules de microplastiques" à des concentrations "rendant toute vie aquatique impossible et ayant des effets nuisibles sur la santé, la flore et la faune".
K.Thomson--BTB