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Décès d'Elisabeth II: silence officiel, indifférence ou hostilité en Iran
Les autorités en Iran ont opté pour le silence au lendemain du décès d'Elisabeth II alors que beaucoup de jeunes avouaient ignorer tout de la reine d'Angleterre et que d'autres affichaient leur hostilité, accusant son pays d'avoir soutenu le régime du chah.
La télévision d'Etat s'est bornée au strict minimum en annonçant brièvement et sans emphase sa mort et diffusant quelques photos et vidéos d'archives.
"J'ai vu la nouvelle de sa mort sur Instagramn, je n'ai rien ressenti et franchement je m'en fiche", confie à l'AFP Haniyeh, une étudiante.
Alors que les télévisions du monde entier ont bouleversé leurs programmes pour annoncer le décès, Faraz, vendeur sur le marché de Tajrich dans le nord huppé de la capitale, assure n'en avoir jamais entendu parler.
"Je n'ai pas la télévision (...) je ne la connais pas", dit ce jeune en servant un client.
Si les Iraniens s'intéressent beaucoup à la politique intérieure et internationale, la plupart en revanche restent indifférents aux familles royales depuis la Révolution islamique de 1979 qui a mis à bas la monarchie.
"Je ne la connaissais pas et je me fiche de sa mort", indique à l'AFP Faezeh, une infirmière de 26 ans.
Pourtant, la reine Elisabeth s'est rendue en Iran. En 1961, accompagnée de la dernière impératrice Farah Diba, femme du chah Mohammad Reza Pahlavi, elle a visité notamment Ispahan, Chiraz et Persépolis (centre).
Son fils, le princes Charles est venu lui aussi en 2004 pour une mission humanitaire après le terrible tremblement de terre qui a causé des dizaines de milliers de morts à Bam, dans le sud-est du pays.
Les relations entre le Royaume-Uni et l'Iran ont toujours été complexes. L'Iran a été envahi en 1941 par les forces britanniques et soviétiques pour sécuriser les champs pétroliers britanniques à Abadan (ouest).
- "Coup d'Etat" américano-britannique -
Durant cette occupation, le chah Reza Pahlavi, jugé coupable de trop de sympathie avec l’Axe, fut déposé et remplacé sur le trône par son jeune fils Mohammad Reza Pahlavi.
Mais ce qui est resté gravé dans la mémoire de beaucoup d'Iraniens, c'est le renversement en août 1953 par les services secrets britanniques et américains du Premier ministre Mohammad Mossadegh qui avait nationalisé l'industrie pétrolière.
"La reine Elizabeth II a été l'un des concepteurs du coup d'Etat qui a renversé le gouvernement du dr Mossadegh", assure sur Twitter l'internaute Helma.
"Ne faites pas de la reine d'Angleterre une sainte. Aider le régime baassiste en Irak dans la guerre contre l'Iran (1980-1988), le coup d'Etat contre Mossadegh, le meurtre de la princesse Diana, l'aide apportée aux Etats-Unis dans l'attaque en 2001 et 2003 contre l'Irak et l'Afghanistan, les meurtres contre le peuple d'Irlande du Nord figurent parmi ses crimes", accuse sur Twitter Majid.
Un livre récent, "The Secret Royals", par Richard J. Aldrich et Rory Cormac, assure que la reine ne portait pas dans son coeur le chah, "ennuyeux", et "détestait sa compagnie". Elle en aurait pourtant voulu au gouvernement britannique pour l'avoir "laissé tomber" après sa fuite d'Iran.
La reine, qui s'est éteinte jeudi, a cependant trouvé grâce auprès des partisans de Mohamad Khatami, président de la République islamique de 1997 à 2005. Le compte instagram "@Khatamy", avec près d'un million de followers, a ainsi partagé des photos de la reine ainsi que celles du prince Charles avec M. Khatami.
Ce dernier avait notamment dit "apprécier les Anglais" pour "avoir instauré la démocratie chez eux".
C.Meier--BTB