Berliner Tageblatt - Elections en Afrique du Sud: une jeunesse des townships sans illusions

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Elections en Afrique du Sud: une jeunesse des townships sans illusions
Elections en Afrique du Sud: une jeunesse des townships sans illusions / Photo: © AFP/Archives

Elections en Afrique du Sud: une jeunesse des townships sans illusions

Trente ans après l'élection de Nelson Mandela, "voter n'est plus un événement, c'est un truc parmi d'autres", glisse Tumi Phorothwe, 30 ans, assis sur un muret de sa cour d'immeuble à Alexandra, le plus vieux township de Johannesburg.

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Cet employé de supermarché se déplacera le 29 mai, pour les législatives, mais ne sait pas encore pour qui voter. "Je me déciderai sans doute le jour même. Ma mère me dit que je devrais voter pour l'ANC", raconte, songeur, le jeune homme svelte en T-shirt, short et claquettes. "Les autres partis ne sont sans doute pas mieux".

A une semaine de ce scrutin qui s'annonce disputé, notamment pour le Congrès national africain (ANC) qui pourrait perdre sa majorité parlementaire pour la première fois de son histoire, la jeunesse, en dépit de son énergie, semble peu mobilisée ou optimiste sur l'avenir.

Les 18-29 ans représentent près de 5 millions des 27,6 millions d'inscrits. Mais lors des législatives de 2019, seuls 30% des 20-29 ans inscrits s'étaient déplacés.

Les moins de 35 ans sont aussi sont massivement touchés par le chômage (45,5%), bien plus encore que la moyenne des Sud-Africains (32,9%).

L'ANC "nous a apporté la démocratie, c'est normal d'être présent", dit Tumi, lunettes branchées et barbichette. Mais la jeunesse "a le droit de voter pour qui elle veut. Ici certains votent pour l'EFF", parti radical de gauche, glisse-t-il, alors qu'en ville et dans les universités, de petits partis citoyens, comme Rise Mzansi, semblent séduire davantage.

Des copains, de l'autre côté de la cour, ne sont pas inscrits. "Ils ne voient pas l'intérêt et c'est difficile de les convaincre", dit le jeune citoyen.

- Dealers et ennui -

Sa voisine, une sangoma, guérisseuse traditionnelle, inonde la cour de sa musique religieuse. Entre les fils de linge qui sèche, une nuée d'enfants joue à se courir après dans les escaliers de ce modeste bâtiment en briques.

Iphraim, qui vit dans un studio au rez-de-chaussée, n'est pas encore décidé. A 35 ans, il va voter pour la première fois. Il hésite entre ANC et EFF. "Je regarde l'histoire et l'ANC est la plus vieille organisation", dit-il, "mais ils pourraient faire davantage, beaucoup de gens sont désespérés".

"C'est bon qu'il y ait de nouveaux partis, nous devons mettre en pratique notre démocratie", ajoute-t-il. Mais il cite un proverbe africain selon lequel "quand les éléphants se battent, l'herbe est détruite", laissant entendre qu'il pourrait voter pour le pouvoir en place.

De la cour se dégage une vue directe sur Sandton, le quartier le plus cossu de Johannesburg. Beaucoup de mamans s'activent, entre lessives et jardinage sur leurs balcons.

Où sont les jeunes? "Beaucoup dorment, les autres fument", plaisante un adolescent. Devant l'immeuble beige, au terre-plain dégagé, des dealers se mettent en place doucement à la mi-journée.

Khuthadzo, 26 ans, attend un Uber. Cette femme apprêtée, en couleurs vives, ne votera pas mais défend quand même mollement l'ANC, accusée par l'opposition de n'avoir redressé aucun des maux du pays: chômage, corruption, pannes électriques, distribution d'eau, criminalité.

"L'ANC n'est pas à 100%, peut-être à 20 ou 30%", dit-elle, désabusée. "Il faudrait des emplois. Ici tout le monde traîne à la maison toute la journée. Ils se défoncent ou font des bébés. On n'a pas besoin de plus de bébés", dit, sentencieuse, cette consultante en management, qui vit là chez sa grand-mère.

Pour elle, aucun parti ne fera de différence. "Et s'ils étaient même pires que l'ANC?"

O.Bulka--BTB