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Spotify, un "mal nécessaire" pour les artistes moins connus
Ils n'ont rien perdu de la polémique qui a incité Neil Young ou Joni Mitchell à quitter Spotify, mais pour ces artistes moins connus, la plateforme est un "mal nécessaire", source essentielle de revenus et d'exposition dont ils ne peuvent se priver.
Si le podcast vedette de l'animateur Joe Rogan, accusé de colporter des théories complotistes, a poussé le chanteur Neil Young à agir, il a surtout relancé un autre débat, autour du modèle économique du géant de la musique en ligne.
Dans l'idéal, le guitariste de jazz Michael Valeanu n'aurait ainsi "probablement jamais eu (sa) musique" sur Spotify. Le musicien, new-yorkais d'adoption, dit encore envisager de temps en temps de l'en retirer, sans passer à l'acte.
"Même si nous ne sommes pas d'accord avec la façon dont ils nous paient, (...) nous sommes obligés de prendre part à un système qui ne marche pas pour nous", explique par ailleurs Ralph (qui n'a pas voulu donner son nom de famille), connu sous le nom de scène Pilsner Man.
Selon plusieurs médias américains, Spotify verse, en moyenne, entre 0,3 et 0,5 centimes par écoute, soit entre 3 et 5 dollars pour un milliers de streams.
Sollicitée par l'AFP, une porte-parole a rappelé que le groupe avait distribué plus de 5 milliards de dollars aux détenteurs de droits musicaux en 2020.
Avec 381 millions d'utilisateurs et un peu plus de 30% de part de marché dans le streaming musical, "Spotify est un mal nécessaire" pour la plupart des artistes musicaux, résume Leo Sidran, chanteur, compositeur, musicien et animateur du podcast "The Third Story".
"Je réalise que la relation est problématique", dit-il, "que nous ne sommes pas rémunérés de façon juste ou équitable", avec un modèle "qui favorise 5% des artistes au sommet", mais "quitter Spotify me priverait d'un énorme potentiel, qui permet aux gens de me trouver", ou même de le découvrir.
Selon le site du magazine spécialisé Billboard, Neil Young et Joni Mitchell vont se priver d'un peu plus de 10% de leurs revenus en renonçant à Spotify, mais ils gagnent, par ailleurs, plusieurs millions de dollars par an et sont écoutés, sur d'autres plateformes, par des millions de mélomanes.
"Si une Adele, une Billie Eilish ou un gros artiste pop contemporain se retirait, peut-être que ça pourrait changer les choses", estime Leo Sidran, "mais si un artiste indépendant s'en va, ça n'a pas d'impact sur Spotify, ça pénalise l'artiste".
"Neil Young peut nourrir le débat en retirant sa musique par la stature qu'il a déjà", poursuit celui qui a co-produit la chanson oscarisée du film "Carnets de voyage" (2003), "mais pour moi, le seul moyen d'être dans les conversations, c'est que les gens écoutent mon travail. Et pour ça, je pense que je dois rester sur Spotify."
- "Je parle de respect" -
Pour musiciens et chanteurs, la polémique autour de Joe Rogan met aussi en lumière la nouvelle stratégie de la société suédoise, qui a fait du podcast une priorité depuis trois ans.
Selon un calcul effectué par l'AFP, Spotify a déboursé plus d'un milliard de dollars en acquisitions depuis début 2019 pour bâtir un écosystème entier autour du podcast, de la production à la commercialisation, avec un gros chèque, au passage, pour Joe Rogan.
"Je parle de respect. Qui l'a et qui ne l'a pas. Payer des musiciens une fraction de penny (un centième de dollar, ndlr)? Et lui, 100 millions? Ça montre le genre d'entreprise qu'ils sont et le genre de fréquentations qu'ils ont", a écrit mardi sur Instagram la chanteuse R&B India.Arie, pour expliquer sa décision de quitter à son tour Spotify.
En soi, l'économie du podcast est encore nettement plus inégalitaire que celle de la musique, l'immense majorité des programmes n'étant pas rémunérés par la plupart des plateformes, dont Spotify. Mais le secteur a aussi, comme dans la chanson, son gratin de stars qui empochent, elles, des millions de dollars.
"D'une certain façon, je subventionne les artistes de gros labels avec une infrastructure autour d'eux", s'insurge Miles Blackwood, connu sous le pseudonyme Baze Blackwood, "mais aussi Joe Rogan".
J.Fankhauser--BTB