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Tunisie: après Bouazizi, un vendeur ambulant rêve d'un happy end
Près de douze ans après l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi après la confiscation de sa marchandise, acte qui avait déclenché la première révolte du Printemps arabe, un autre vendeur ambulant devenu célèbre après ses déboires avec la police en Tunisie, rêve d'un happy end.
Habib El-Bey, 27 ans, avait installé son food truck pendant le mois du ramadan en avril à Bab el Khadra, un quartier populaire de Tunis, pour servir des sandwiches après la rupture du jeûne.
Sa tchatche, sa façon théâtrale d'associer ses clients en préparant les sandwiches de grillades avec sa sauce spéciale ont rapidement fait de lui une star de la street food tunisienne.
Grâce au buzz créé par ses vidéos sur les réseaux sociaux, son commerce attirait chaque soir une foule venue manger des "El-Bey", les casse-croûte auxquels il a donné son nom.
Mais fin avril, il a été interpellé par la police et son food truck mis sous séquestre, devant des clients furieux, au motif qu'il ne disposait pas d'autorisation. Filmée et largement relayée sur les réseaux sociaux, la scène a indigné de nombreux Tunisiens.
Ses malheurs ont suscité un élan de sympathie dans le pays et El-Bey, de son vrai nom Habib Hlila, crâne dégarni et barbe rousse fournie, a multiplié les apparitions sur les plateaux de télévision pour raconter son parcours et ses projets.
- "Pas Bouazizi"
Certains ont comparé son cas à celui de Mohamed Bouazizi, le vendeur ambulant de fruits et légumes mort après s'être immolé par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid (centre-est) pour protester contre la confiscation de sa marchandise par la police.
Son geste avait été l'étincelle de la révolution qui a emporté la dictature de Zine el Abidine ben Ali, avant de s'étendre à d'autres pays de la région. Le Printemps arabe était en marche.
Si les déboires de M. Hlila sont survenus alors que la Tunisie traverse un grave crise socio-économique marquée par une forte inflation et un chômage élevé sur fond de vives tensions politiques, il rejette tout parallèle avec le drame de Bouazizi.
Le restaurateur fait au contraire contre mauvaise fortune bon coeur et entend profiter de sa notoriété fraîchement acquise pour rebondir et inspirer des jeunes dont les initiatives se heurtent souvent à une bureaucratie tatillonne et des lourdeurs administratives.
"Je ne suis pas Bouazizi et je n'aurai jamais recours aux actes de désespoir face aux crises. J'ai décidé de réussir et d'être une source de motivation pour les jeunes", dit-il à l'AFP.
Après moult démarches, il a réussi à obtenir une autorisation pour organiser des spectacles culinaires à travers la Tunisie avant de relancer son food truck dans la capitale.
Samedi, à l'entrée de la Médina de Tunis, il a présenté son spectacle dans un nouveau camion d'environ 20.000 euros qu'il paiera par échéances.
- "Belle histoire" -
En tenue noire ornée de deux petits drapeaux tunisiens, il a animé durant plus de cinq heures cette première rencontre avec ses clients depuis son interpellation.
"Bravo à ce jeune homme qui a tenu bon malgré les entraves. Il donne un bon exemple aux jeunes qui ne pensent qu'à quitter le pays", dit à l'AFP Naziha Bahloul, 51 ans, faisant la queue devant son stand. "C'est une belle histoire de réussite".
"Si Habib a repris son travail c'est parce que son histoire a été médiatisée, ce n'est pas le cas pour d'autres jeunes", constate, amer, Bilel, un chômeur de 31 ans, qui rêve d'aller vivre en Europe.
Le chef de la street food dit vouloir "prouver aux jeunes qu'on arrive à ce qu'on veut quand il y a la détermination. Je veux leur dire il ne faut jamais baisser les bras malgré les difficultés".
M. Hlila, sans diplôme, commence à s'intéresser à la street food à partir de 2021 en donnant un coup de main à un ami vendeur ambulant de sandwiches.
Les petits chariots de snacks traditionnels tunisiens comme l'incontournable "Ayari", pain rond enduit d'harissa avec un oeuf et de l'huile d'olive, le fricassé (beignet frit) ou le "kaskrout tounsi" à base de baguette, thon et salade, pullulent dans les rues de Tunis et à travers le pays, mais ce secteur de l'économie n'est pas réglementé.
"J'ai vraiment aimé cette activité et j'avais beaucoup d'idées pour développer un projet qui pourrait être source d'inspiration pour les jeunes au chômage", explique-t-il, en appelant à sa réglementation.
S.Keller--BTB