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La Fed à l'aube d'une nouvelle baisse des taux d'intérêt américains
La banque centrale des Etats-Unis devrait mercredi réduire ses taux d'intérêt pour la deuxième fois consécutive, pour donner de l'élan à l'économie et soutenir le marché du travail, même si l'inflation continue de presser les Américains.
La Réserve fédérale (Fed) a abaissé les taux directeurs pour la première fois de l'année en septembre, d'un quart de point, et l'écrasante majorité des investisseurs s'attendent à ce qu'elle continue sur cette lancée, selon l'outil de suivi CME FedWatch.
Cela les porterait dans une fourchette comprise entre 3,75% et 4%.
Le président américain Donald Trump réclame inlassablement des taux plus bas pour alléger les coûts d'emprunt et soutenir sa politique qu'il qualifie de "procroissance": baisses d'impôts, dérégulation, droits de douane massifs.
Toutefois, les banquiers centraux de la Fed n'ont pas voulu les bouger pendant l'essentiel de 2025, de peur que les nouvelles taxes sur les importations ne fassent redécoller l'inflation. Celle-ci avait été péniblement freinée, au prix de taux élevés.
L'inflation a accéléré ces derniers mois, mais moins que redouté, alors que la situation sur le front de l'emploi s'est dégradée.
Face au bouleversement des chaînes de production et aux surcoûts provoqués par les droits de douane, les entreprises ont globalement gelé les embauches.
Les créations d'emplois se sont effondrées, sans que le chômage ne s'emballe pour autant. Une configuration inhabituelle, largement due selon les experts à la baisse du nombre de personnes sur le marché du travail, conséquence de la politique dure du gouvernement en matière d'immigration, illégale comme légale.
- L'inflation au tournant -
C'est ce paysage qui avait convaincu les responsables monétaires de baisser les taux en septembre.
La Fed avait alors agi "de manière préventive, pour éviter que le marché de l'emploi ne devienne vraiment un problème à l'avenir", déclare à l'AFP Wendy Edelberg, spécialiste de l'économie à la Brookings Institution.
Depuis, le tableau ne semble pas avoir fondamentalement changé pour la première économie mondiale. La banque centrale se trouve cependant face à une difficulté supplémentaire.
La paralysie budgétaire aux Etats-Unis ("shutdown") suspend depuis le 1er octobre la compilation et la publication des données officielles sur l'économie. La Fed n'a donc plus autant d'éléments en main pour forger son opinion.
"De ce que l'on sait pour l'instant, les inscriptions au chômage ne sont pas préoccupantes, le niveau de la consommation n'est pas préoccupant, même s'il serait bien sûr stupide de dire que tout le monde s'en sort correctement aux Etats-Unis", reprend Mme Edelberg.
"L'économie va plutôt bien, mais est sans conteste en train de ralentir", observe de son côté Gregory Daco, économiste en chef pour le cabinet EY.
La Fed devient en parallèle moins obnubilée par l'inflation, pointe-t-il, car "la situation est très différente de 2021-2022", dans le sillage de la pandémie de Covid-19.
Les entreprises peinaient alors à trouver de la main-d'oeuvre et étaient prêtes à payer plus cher leurs salariés, répercutaient le coût supplémentaire dans leurs prix, alimentant l'inflation... Cet effet boule de neige "risque moins d'arriver" dans un marché du travail atone, où le pouvoir de négociation des employés s'étiole, remarque Gregory Daco.
La Fed ne devrait toutefois pas "perdre l'inflation de vue", dit à l'AFP Loretta Mester, ancienne présidente de la Fed régionale de Cleveland (nord des Etats-Unis).
"Elle est tout de même depuis maintenant plus de quatre ans au-dessus de l'objectif" que l'institution monétaire s'est elle-même fixé (2%), souligne Mme Mester.
K.Thomson--BTB