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Turquie: les partis kurdes solidaires de leurs "frères" en Syrie
Les mouvements et partis prokurdes de Turquie affichent leur solidarité mardi avec leurs "frères" de Syrie face à l'offensive de Damas soutenue par Ankara, au risque de faire dérailler le processus de paix avec la guérilla du PKK.
Des incidents ont éclaté à la frontière syrienne lors d'un rassemblement convoqué par le parti prokurde DEM, troisième force au parlement et médiateur dans le processus engagé par Ankara avec le Parti des travailleurs du Kurdistan.
Plus d'un millier de manifestants ont tenté de forcer le passage au poste-frontière de Nusaybin (sud-est), face à la localité syrienne de Qamichli, située dans le nord-est de la Syrie sous la pression de Damas, a constaté un journaliste de l'AFP.
D'autres rassemblements étaient prévus en fin de journée devant les consulats syriens à Ankara et Istanbul.
Le PKK, qui a annoncé sa dissolution et le dépôt de ses armes l'an dernier à l'appel de son chef historique, Abdullah Öcalan, a juré mardi de ne "jamais abandonner" les Kurdes de Syrie.
- "Jamais seuls" -
"Quel qu'en soit le prix, nous ne vous laisserons jamais seuls. Nous, le peuple kurde tout entier et le mouvement, ferons tout ce qui est nécessaire", a déclaré un haut responsable de l'organisation, Murat Karayilan, à l'agence de presse ANF proche du PKK.
La communauté kurde de Turquie constitue environ 20% de la population.
Le ministre turc de l'Intérieur Ali Yerlikaya a cependant prévenu qu'il ne tolèrerait "aucune provocation" de la part de ces mouvements, en particulier le long des plus de 900 km de frontière commune.
Lundi, tous les rassemblements avaient été réprimés par la police, notamment à Diyarbakir, la principale ville à population kurde dans le sud-est.
Un journaliste français travaillant pour plusieurs médias, dont Courrier International et Ouest-France, Raphaël Boukandoura, interpellé lundi à Istanbul alors qu'il couvrait une manifestation du parti DEM, était toujours en garde à vue mardi, a indiqué l'organisation Reporters sans Frontières, en contact avec ses avocats.
Outre RSF, des syndicats et plusieurs des employeurs du journaliste, qui réside et travaille légalement en Turquie depuis une décennie, ont appelé à sa libération.
Selon le DEM, plusieurs membres du parti ont été également interpellés.
- "Opportunité historique"-
Proche allié de la nouvelle direction syrienne qui a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué lundi l'offensive "méticuleuse de Damas contre les combattants kurdes en Syrie, malgré les provocations".
"La Syrie a saisi une opportunité historique. En tant que pays frère et ami du peuple syrien, nous ne permettrons aucune tentative de sabotage", a-t-il déclaré.
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a également réitéré son soutien au gouvernement syrien et au cessez-le-feu signé dimanche entre le président syrien Ahmad al-Chareh et le chef des FDS, Mazloum Abdi, évoquant "un accord précieux".
"Son application et les sacrifices qu'il impose sont également importants" a-t-il insisté, à l'issue d'une rencontre avec l'ambassadeur américain à Ankara, Tom Barrack, également envoyé spécial du président Donald Trump pour la Syrie.
M. Fidan a rappelé que l'accord du 10 mars, signé "volontairement", a-t-il insisté, entre Damas et les FDS prévoyait la dissolution des institutions et des forces combattantes kurdes.
L'armée syrienne s'est déployée progressivement dans les zones dont les forces kurdes se sont retirées en vertu d'un accord de cessez-le-feu, mais depuis les pourparlers ont achoppé.
Dès dimanche, M. Erdogan avait appelé son homologue à Damas pour l'assurer du "soutien de la Turquie".
L'offensive de Damas porte un coup sévère aux espoirs d'autonomie des populations kurdes, mais aussi aux perspectives de paix en Turquie entre les combattants du PKK et les autorités.
Initié en octobre 2024 par l'allié nationaliste du chef de l'Etat, ce processus vise à mettre fin à plus de quatre décennies d'affrontements qui ont fait 50.000 morts.
Mais au cours du week-end, Abdullah Öcalan, incarcéré depuis 1999, et le parti DEM, ont tous deux dénoncé une "tentative de sabotage" du processus de paix".
C.Kovalenko--BTB