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Face aux pressions internationales, l'Iran promet une "riposte écrasante"
Face aux menaces d'intervention militaire américaine et aux sanctions adoptées jeudi par l'UE, l'Iran, qui a maté dans le sang la contestation populaire intérieure, se dit prêt à une "riposte écrasante" à l'extérieur.
L'Union européenne, qui doit décider jeudi de l'inscription des Gardiens de la Révolution, bras armé de la République islamique, sur sa liste des "organisations terroristes", a d'ores et déjà annoncé des sanctions contre plusieurs responsables iraniens.
Parmi eux, le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution, accusé d'avoir orchestré la répression de la contestation en janvier, qui a fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts.
Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel des avoirs dans l'Union européenne.
Si les Européens lient leurs sanctions à la répression de la contestation, le président américain Donald Trump, lui, a centré ses dernières menaces d'intervention militaire sur le dossier du nucléaire iranien, sans mentionner la situation intérieure en Iran. Réclamant un accord, il a averti mercredi sur son réseau Truth Social que le "temps était compté" avant une éventuelle attaque américaine, "pire" que celle menée en juin dernier contre des sites nucléaires iraniens.
Parallèlement, Washington a déployé des forces militaires navales dans le Golfe, dont le porte-avions Abraham Lincoln.
Face à ces menaces, l'Iran multiplie les déclarations belliqueuses et s'affiche inflexible. Après les déclarations du chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi affirmant mercredi que les forces armées avaient "le doigt sur la gâchette", le chef de l'armée Amir Hatami a lui aussi promis une "riposte écrasante" en cas d'attaque et annoncé avoir doté les régiments de combat de 1.000 drones.
L'Iran a notamment menacé de bloquer le détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Le quotidien Kayhan proche du pouvoir affirme jeudi dans un éditorial que "fermer le détroit relève du droit de la République islamique d'Iran". "Si l'ennemi brandit une épée, nous n'allons pas l'accueillir avec un sourire diplomatique", ajoute le journal.
Téhéran a aussi mis en garde contre des "conséquences destructrices" si l'UE inscrit les Gardiens de la Révolution sur sa liste des organisations terroristes, même si cette décision pourrait cependant n'avoir qu'un impact limité, les Gardiens faisant déjà l'objet de sanctions européennes.
- Voie diplomatique ? -
Les voies diplomatiques ne semblent toutefois pas encore épuisées.
Abbas Araghchi a mené des tractations avec les pays du Golfe, opposés à une intervention américaine. "Cela plongerait la région dans le chaos, cela affecterait l'économie et ferait exploser les prix du pétrole et du gaz", a confié à l'AFP un responsable d'un de ces pays sous couvert de l'anonymat.
Le chef de la diplomatie iranienne se rendra vendredi en Turquie, pays souhaitant jouer un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington et également opposé à une intervention militaire américaine.
Moscou, de son côté, a estimé que le potentiel de négociations était "loin d'être épuisé", appelant "toutes les parties à la retenue".
- Banderoles progouvernementales -
Les bilans des ONG sur la violente répression qui s'est abattue sur les manifestants en janvier font état de milliers, voire de dizaines de milliers de morts.
D'après un nouveau décompte de l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, 6.373 personnes, dont 5.993 manifestants, ont été tuées durant le mouvement de contestation, 11.018 gravement blessées et 42.486 arrêtées.
Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d'examen, écrit l'ONG sur X, ajoutant que les restrictions de communication restaient en place malgré un rétablissement partiel d'internet après trois semaines de coupure.
Alors que des témoignages font état de blessés refusant d'aller se faire soigner à l'hôpital par crainte d'être arrêtés sur place, un haut responsable du ministère de la Santé, Abbas Ebadi, a assuré jeudi que les établissements de santé ne pratiquaient aucune "discrimination de race, idéologie ou nationalité. Qu'ils soient étrangers, Iraniens, manifestants ou non, nous les soignons", a-t-il déclaré.
A Téhéran jeudi, les embouteillages avaient repris comme d'habitude dans le centre ville et les traces de la contestation n'étaient pas visibles, contrairement à des banderoles progouvernementales déployées sur la place centrale Vali Asr ou près de l'Université de Téhéran.
Cafés et magasins étaient ouverts dans le centre ville.
Ces tensions ont fait grimper le baril de pétrole Brent au-dessus de la barre des 70 dollars pour la première fois depuis septembre.
O.Lorenz--BTB