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Après la polémique, Capgemini met en vente sa filiale travaillant pour l'ICE
Le géant français de l'informatique Capgemini a décidé de vendre sa filiale travaillant pour la police américaine de l'immigration, l'ICE, après le tumulte provoqué par la révélation d'un contrat fournissant un outil d'identification et de localisation de personnes étrangères.
"Capgemini va mettre en vente sa filiale Capgemini Government Solutions", a annoncé le groupe dimanche dans un communiqué.
"Le processus de cession de cette entité, qui représente 0,4% du chiffre d'affaires estimé du groupe en 2025 (moins de 2% de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis), sera initié immédiatement", a ajouté l'entreprise.
Selon des informations de l'association L'Observatoire des multinationales, publiées la semaine dernière et développées par France 2, Capgemini a notamment fourni un outil d'identification et de localisation de personnes étrangères à l'ICE, police fédérale mobilisée par le président américain Donald Trump dans une vaste campagne anti-immigration.
Un conseil d'administration extraordinaire de Capgemini avait été convoqué ce week-end. Dans un message interne envoyé mercredi aux salariés, le groupe avait indiqué que le contrat litigieux, attribué en décembre, n'était "pas en cours d’exécution car il fait l'objet d'un recours". L'entreprise n'avait pas fourni d'autres précisions.
Dimanche, Capgemini a dit avoir "estimé que les contraintes légales habituelles imposées aux Etats-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées ne permettaient pas au groupe d’exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale, afin d’assurer un alignement avec les objectifs du groupe".
Plusieurs syndicats ont dit à l'AFP leur soulagement après l'annonce de cette "voie de sortie".
Pour la CFTC, Louis Duvaux a cependant souligné que "le système de contrôle interne n'avait pas marché" et qu'il allait falloir y remédier. Frédéric Boloré, délégué syndical central CFDT du groupe, a espéré voir "l'éthique" davantage promue.
Le directeur général de Capgemini, Aiman Ezzat, s'était exprimé le 25 janvier dans un message publié sur LinkedIn. Il expliquait avoir découvert "par des sources publiques" l'existence de ce contrat conclu par une filiale du groupe spécialisée depuis quinze ans dans les services au gouvernement fédéral américain.
Selon le dirigeant, cette filiale, soumise à la législation américaine, "prend les décisions de manière autonome, dispose de réseaux étanches, et (...) le groupe Capgemini est dans l'impossibilité d'accéder à toute information classifiée, à des contrats classifiés".
- "Etre transparente" -
D'après des documents publics de l'administration américaine, le contrat passé le 18 décembre porte sur un montant de 4,8 millions de dollars, et, en fonction des résultats atteints par l'entreprise, pouvait grimper jusqu'à 365 millions de dollars.
L'Observatoire des multinationales a, en outre, révélé samedi que cette filiale Capgemini Government Solutions fournissait déjà des services d'identification et de localisation de personnes étrangères ("skip tracing") à l'ICE depuis la signature d'un avenant à un contrat le 9 octobre 2025. Le montant de cette prestation s'élève à 7 millions de dollars, selon les données figurant sur le site du gouvernement américain consacré aux contrats (Sam.gov), consultées par l'AFP.
Depuis plusieurs jours en France, des responsables syndicaux et politiques avaient interpellé le groupe sur sa responsabilité.
"La moindre des choses" pour "une entreprise française" est "d'être transparente sur les contrats qu'elle a avec ICE", avait réaffirmé jeudi le ministre de l’Economie Roland Lescure.
A gauche, plusieurs personnalités avaient également vilipendé ce lien avec l'ICE.
Sophie Binet, secrétaire générale du syndicat CGT, avait appelé Capgemini à "cesser immédiatement" sa collaboration avec cette police de l'immigration.
Frédéric Boloré (CFDT) avait dit n'avoir "jamais connu une situation de crise comme celle d'aujourd'hui", en 32 ans de maison chez Capgemini.
"Nous allons désormais pouvoir nous reconcentrer sur les suppressions d'emplois à venir", a-t-il dit dimanche.
Capgemini a annoncé le 20 janvier la suppression de jusqu'à 2.400 postes en France, via des reclassements et des départs volontaires, face au ralentissement de son activité.
Coté au CAC 40, l'indice vedette de la Bourse de Paris, Capgemini est présent dans une cinquantaine de pays dans le monde.
La police fédérale américaine de l'immigration (ICE), déployée par Donald Trump dans l'ensemble du pays, dispose de moyens financiers colossaux et dépense des dizaines de millions de dollars pour l'achat d'armes, munitions, gilets pare-balles et technologies de surveillance.
L'émotion née de la mort de deux manifestants américains, tués en janvier à Minneapolis par des agents fédéraux, ne retombe pas aux Etats-Unis.
C.Kovalenko--BTB