Berliner Tageblatt - En Grèce, un musée d'histoire contemporaine se fait toujours attendre

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En Grèce, un musée d'histoire contemporaine se fait toujours attendre
En Grèce, un musée d'histoire contemporaine se fait toujours attendre / Photo: © AFP

En Grèce, un musée d'histoire contemporaine se fait toujours attendre

La Grèce, qui commémore mercredi l'attaque du pays par l'Italie fasciste le 28 octobre 1940, prélude à une décennie sanglante, ne dispose d'aucun musée consacré à son histoire contemporaine tourmentée, déplorent des historiens.

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Le 28 octobre, le "Jour du Non" à l'entrée des troupes de Benito Mussolini sur le territoire grec, est, avec le 25 mars, l'une des deux fêtes nationales de la Grèce.

Ce jour marque le basculement du pays dans la Seconde Guerre mondiale aux côtés des Alliés. Elle sera suivie d'une féroce occupation nazie malgré une résistance farouche, avant une guerre civile (1946-1949) aux combats fratricides.

Il s'agit de la décennie la plus tourmentée de l'histoire contemporaine grecque après "la catastrophe d'Asie Mineure" en 1922 marquée par l'exode massif des populations grecques d'Anatolie lors de la guerre greco-turque, s'accordent à dire des historiens.

Pourtant aucun musée national ne retrace ces pages sombres et douloureuses.

A l'opposé de l'insurrection grecque du 25 mars 1821 contre l'empire ottoman et la fondation de l'Etat grec moderne qui occupent une place centrale dans l'enseignement, le débat public ou les musées, les évènements du XXe siècle sont peu abordés.

La révolte de 1821 "est une page victorieuse et glorieuse de l'histoire alors que les événements des dernières décennies sont encore des sujets sensibles", explique à l'AFP Dimitris Kamouzis, historien du Centre des études sur l'Asie mineure.

De nombreux experts attribuent ce "vide" à la résistance contre l'occupant allemand menée essentiellement par la gauche communiste.

- Phobie récurrente -

Or, à l'issue de la guerre civile, le parti communiste grec (KKE) a été déclaré "illégal" et l'est resté durant près de trois décennies, reléguant la libération d'Athènes en octobre 1944 et les événements qui ont succédé au second plan dans le récit officiel.

"Il n’existe pas d’opinion que nous partageons dans l’espace public et en politique sur ces événements", observe Elli Lemonidou, professeure d'histoire contemporaine à l'Université de Patras.

"Chacun se retranche dans son idéologie et donc les faits historiques sont politisés", précise-t-elle alors que le KKE est la troisième force politique au Parlement.

La résistance nationale n'a été officiellement reconnue en Grèce qu'en 1982 par les socialistes du Pasok alors au pouvoir, "ce qui montre une phobie récurrente envers l'histoire contemporaine", rappelle de son côté Menelaos Haralabidis, historien de l'occupation nazie (1940-1944) et de la résistance.

Au Musée de la Guerre d'Athènes, un bâtiment imposant de quatre étages sur l'une des principales artères de la capitale, l'Antiquité, l'empire byzantin (395-1453) ou la révolte de 1821 occupent une place prédominante.

Les soubressauts du XXème siècle n'y sont abordés que brièvement.

Certains petits musées comme celui de la mairie de Kesariani, près d'Athènes, ou celui des exilés communistes à Athènes "font un effort louable pour préserver les documents mais ils ne peuvent pas combler le vide d'un musée métropolitain", insiste Menelaos Haralabidis.

"Il faut une volonté politique pour avancer. On ne peut pas continuer de mettre l'Histoire sous le tapis", ajoute-t-il.

- Traumatisme -

En février, la mise en vente sur internet par un collectionneur de douze photographies de résistants communistes exécutés par les nazis en 1944 à Kesariani - l'une des pires atrocités perpétrées en Grèce - a suscité une grande émotion qui a conduit à l'acquisition de la collection par le ministère de la Culture.

Des ouvrages ont toutefois éclairé les aspects occultés des évènements du XXe siècle publiant des lettres des soldats pendant la défaite de l'armée grecque en Asie mineure ou le livre "Les Collaborateurs" durant l'occupation nazie, des sujets encore tabous.

"Il s'agit d'événements traumatiques (...). Ils n'ont pas été représentés de manière complète au cinéma, dans d’autres médias et dans le discours public", assure Elli Lemonidou.

Si la lecture de l'Histoire "en dehors des clichés gagne du terrain, il existe encore un traumatisme générationnel qui engendre souvent une polarisation et une instrumentalisation de l'Histoire, surtout dans le discours politique", prévient Dimitris Kamouzis.

"Cela est très inquiétant surtout à notre époque avec la montée de l'extrême droite et des partis nationalistes en Europe (...) qui veulent s'approprier l'Histoire", ajoute-t-il.

J.Horn--BTB