Berliner Tageblatt - Le Commerce Equitable veut plus de transparence dans nos tasses de thé

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Le Commerce Equitable veut plus de transparence dans nos tasses de thé
Le Commerce Equitable veut plus de transparence dans nos tasses de thé / Photo: © AFP/Archives

Le Commerce Equitable veut plus de transparence dans nos tasses de thé

Qu'y a-t-il dans notre tasse de thé? Les planteurs sont-ils décemment payés? L'environnement est-il respecté? Un premier baromètre publié mercredi par Commerce Equitable France veut contribuer à éclairer sur les conditions de production d'une grande partie du thé vendu en France.

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"Le thé est une filière globalement assez opaque, y mettre de la transparence et de la traçabilité n'est pas une mince affaire", explique Julie Stoll, déléguée générale de Commerce équitable France, collectif des acteurs du commerce équitable dans l'Hexagone (marques, labels, ONG...).

L'enquête "Teste ton thé" (https:///) s'est penchée sur les engagements sociaux et environnementaux en matière d'approvisionnement de 14 marques, représentant plus de 70% du marché français, des géants Twinings, Lipton ou Tetley, jusqu'à des marques à positionnement premium.

L'objectif est d'analyser la transparence et la crédibilité de leurs engagements publics d’achat responsable: sont-ils représentatifs de leur activité? quelles preuves de leur concrétisation?

Pour cela, documents publics et reportings ont été croisés avec des questionnaires aux entreprises (7 ont répondu), entretiens bilatéraux (six), rapports d'ONG ou encore base de données Open Food Facts sur les ingrédients des produits...

Du côté des multinationales (60% du marché français), beaucoup de documents sont disponibles, "qui montrent qu'elles ont pris la mesure de la question", mais les preuves manquent, les initiatives sont "ponctuelles" et en volumes "les engagements limités", note l'analyse.

Le baromètre, citant le Business and Human Rights Resources Center, relève en particulier le comportement de "passager clandestin" consistant à se fournir auprès de plantations certifiées bio ou fairtrade tout en payant au prix du thé conventionnel.

- Pas toujours "zen" -

Pour ce qui est des thés fins, ce segment important en France (plus de 15% du marché) offre un paysage contrasté, avec de bons élèves qui ont investi dans la traçabilité et le respect de l'environnement.

Mais certains ne livrent aucune information solide, traduisant "l’impossibilité d’attester de dispositifs concrets". En outre "la montée en gamme ne va pas forcément avec une amélioration des revenus" des producteurs, souligne Julie Stoll.

Les pionniers du bio et du commerce équitable, certifiés par des labels tiers de confiance, sont mieux notés. L'analyse s'intéresse aussi à deux marques de "bubble tea" et constate un manque de "certifications et des engagements embryonnaires". Elle ne couvre en revanche pas les marques de distributeurs.

Ce baromètre vise à "encourager l’ensemble de la filière à progresser vers des pratiques plus justes", expliquent ses promoteurs, alors que le sujet thé est resté en marge du débat public plus longtemps en France qu'ailleurs, notamment en Grande-Bretagne.

"L’image d’une tasse de thé évoque sérénité et quiétude, (...) mais la réalité de sa production raconte souvent une histoire beaucoup moins zen", disent-ils.

Sollicité par l'AFP, le Syndicat du thé et des plantes à infusion (Stepi) n'a pas réagi dans l'immédiat.

Sur 13 millions de producteurs de thé dans le monde, une large majorité vit sous le seuil de pauvreté, tandis que le changement climatique leur impose une coûteuse adaptation.

En Inde (Assam), les revenus journaliers sont estimés à 2,90 euros, 45% en-deça du niveau de vie jugé décent, selon la Fairtrade Foundation.

Dans le thé, ce sujet est compliqué par la multiplicité des intermédiaires, ou encore le maintien de grandes plantations - les petits producteurs pèsent environ 60%.

"La fragmentation de la filière, le peu de pouvoir des producteurs, un héritage colonial dans les relations économiques et sociales dans les anciennes colonies britanniques productrices (Inde, Sri Lanka, Kenya), le poids de certaines multinationales... autant de facteurs expliquant cette situation", explique à l'AFP Pierre Johnson, socio-économiste spécialiste du commerce agricole.

Auteur du livre à paraître "Thé: l'envers de la tasse", il cite aussi l'importance du thé "CTC", ce thé noir écrasé mécaniquement, qui représente plus de 60% de la valeur des échanges mondiaux et vendu deux à trois dollars le kilo, un prix bien inférieur au thé à feuille entière.

En France, environ deux personnes sur trois déclarent consommer du thé, pour un marché de près de 600 millions d'euros, selon le Stepi. Sa particularité est une forte part de bio (20% en grande distribution, selon Circana) et des thés "premium".

W.Lapointe--BTB