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La reprise du verrier Arc sur le point d'être actée
Sauf surprise, la justice devrait approuver vendredi la reprise du verrier Arc par l'unique candidat Timothée Durand, issu d'une famille de dirigeants emblématiques du groupe. Mais ce retour aux sources a un goût amer, 700 suppressions de postes étant prévues.
Aucune audience n'a lieu au tribunal de commerce de Tourcoing (Nord) pour ce délibéré, qui doit être notifié par écrit aux parties concernées.
Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) a déjà été validé le 10 mars par les syndicats d'Arc France, dans le cadre du redressement judiciaire de l'entreprise annoncé début janvier.
Ce PSE, condition sine qua non pour permettre la reprise du groupe par Timothée Durand, prévoit 704 suppressions de postes sur son principal site à Arques (Pas-de-Calais), qui compte actuellement 3.500 salariés.
La répartition entre départs volontaires et licenciements secs n'est pas encore précisément connue.
Si cette reprise permet d'éviter la disparition de cette entreprise bicentenaire et emblématique du Pas-de-Calais, elle reste difficile à digérer pour les salariés.
- "Couperet" -
"De toute façon c'est ça ou rien, donc on n'a pas le choix", résume Frédéric Specque, délégué syndical CGT.
Mais la pilule "est très amère" avec ce PSE "très lourd", ajoute-t-il, déplorant l'absence de dispositifs supplémentaires de la part de l'Etat pour maximiser les départs volontaires: "On a reçu une fin de non-recevoir. Clairement, l'Etat n'a plus d'argent".
"Le couperet est assez violent", estime aussi Corinne Guenez (CFE-CGC). "C'est beaucoup de compétences qui risquent de partir", ainsi que des jeunes, pénalisés par les critères des licenciements, souligne-t-elle.
"Je ne suis pas le méchant de l'histoire, je suis réaliste", déclarait M. Durand à l'AFP fin janvier, alors qu'une offre concurrente, sans licenciement, a un temps été évoquée, sans se concrétiser.
Les coupes dans les effectifs sont nécessaires pour "redimensionner" le site d'Arques aux volumes que le groupe est capable de vendre, répète-t-il depuis qu'il a annoncé être candidat à la reprise, le jour même du placement en redressement judiciaire d'Arc France.
L'entrepreneur de 49 ans mûrissait depuis longtemps son projet de reprise d'Arc, où il a passé l'essentiel de sa carrière.
Membre de la famille qui a dirigé la société pendant un siècle jusqu'en 2015, Timothée Durand l'avait quittée en 2024, après une première tentative avortée pour la racheter.
Son projet de reprise prévoit d'injecter 50 millions d'euros dans Arc, avec le soutien financier de Matthieu Leclercq, ancien patron de Decathlon.
- Vents contraires -
Arc est depuis la deuxième moitié du XXe siècle un leader mondial des verres pour les arts de la table.
Le groupe produit des verres et ustensiles sous quatre marques principales: Luminarc, Cristal d'Arques Paris, Arcoroc et Chefs&Sommelier, ainsi que sous des marques de distributeurs.
Mais après avoir beaucoup investi pour mondialiser sa production et sa distribution (le groupe dispose de trois autres usines aux Etats-Unis, en Chine et aux Emirats arabes unis), Arc a enchaîné les difficultés depuis une vingtaine d'années.
Ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois depuis le début des années 2000, et le groupe a bénéficié de multiples plans de refinancement soutenus par l'Etat et les collectivités locales ces dernières années.
Le groupe a été très fragilisé par la flambée des coûts de l'énergie et de l'inflation depuis le début de la guerre en Ukraine, mais aussi l'intensification de la concurrence chinoise notamment, et la crise du secteur des arts de la table.
Et la nouvelle guerre qui embrase le Moyen-Orient depuis fin février risque d'être un nouveau coup dur pour Arc.
"Les événements (géopolitiques, NDLR) ne sont pas tous favorables" s'inquiète M. Specque, craignant une remontée des prix de l'énergie en 2027, quand le tarif garanti du gaz pour l'entreprise cette année sera caduc.
Malgré ces vents contraires, le syndicaliste aurait aimé un plan "plus ambitieux" en volume pour Arc, avec une "volonté plus affirmée" en matière d'innovation et de stratégie commerciale.
A défaut, il craint de nouvelles baisses de volumes, avec de nouvelles suppressions de postes à la clé. "La spirale infernale" , redoute M. Specque.
F.Müller--BTB