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Le président syrien en visite à Berlin pour parler reconstruction et retour des réfugiés
Le président syrien Ahmed al-Chareh se trouve à Berlin lundi pour des discussions sur la reconstruction de son pays, les efforts de Berlin pour organiser le retour des réfugiés syriens, mais aussi la guerre au Moyen-Orient.
Pour son premier voyage à Berlin, le dirigeant a été reçu par le président fédéral Frank-Walter Steinmeier et a participé à un forum économique germano-syrien au ministère des Affaires étrangères.
Il rencontrera à la mi-journée le chancelier Friedrich Merz avant une conférence de presse commune.
Puis il verra le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt pour aborder la question du rapatriement volontaire de Syriens et les expulsions "en priorité" de "délinquants", a indiqué lundi une porte-parole allemande, précisant que la rencontre sera fermée à la presse.
Cet ancien chef rebelle islamiste de 43 ans, qui a renversé l'ancien dirigeant syrien Bachar el-Assad en décembre 2024, est parvenu à nouer des relations avec les gouvernements occidentaux et a effectué plusieurs voyages à l'étranger, notamment aux États-Unis, en France et en Russie.
Il a négocié la levée de nombreuses sanctions internationales contre la Syrie afin de l'aider à se reconstruire après une guerre civile sanglante qui a duré 14 ans.
Plusieurs manifestations sont organisées dans la capitale contre sa visite, sur fond de craintes pour les droits humains en Syrie soulevées par des associations kurdes et des ONG.
- Rapatriement de Syriens -
La Syrie est un "refuge pour les chaînes d'approvisionnement", a insisté Ahmed al-Chareh, et facilite le transport d'énergie et de marchandises vers l'Europe sans passer par le détroit d'Ormuz, paralysé par la guerre au Moyen-Orient.
"Poursuivez sur la voie de l'apaisement, du travail de mémoire et de la réconciliation", lui a conseillé le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul.
La condition pour cela est "une économie qui fonctionne" et l'Allemagne a "un rôle important à jouer dans le développement économique de la Syrie", a-t-il ajouté.
Ahmed Al-Chareh a également appelé les Syriens ayant étudié et travaillé en Allemagne à "apporter ces compétences" au pays.
Près d’un million d'entre eux ont fui leur pays déchiré par la guerre pour se réfugier dans la première économie européenne, la plupart d’entre eux lors de la crise migratoire en 2015.
Friedrich Merz a déclaré l'année dernière qu’avec la fin de la guerre civile en Syrie, "il n'y a désormais absolument aucun motif d'asile en Allemagne". "Nous pouvons donc commencer les expulsions", avait-il dit.
Le ministère allemand de l'Intérieur a signé un accord avec la Syrie fin 2025 permettant l'expulsion régulière des criminels et des personnes jugées dangereuses.
M. Merz a aussi durci la politique d’immigration allemande, dans un contexte d'essor de l'AfD, parti d'extrême droite devenu première force d'opposition et qui dans les sondages fait jeu égal avec la CDU du chancelier.
Beaucoup d'ONG ont critiqué ce revirement du chancelier, invoquant l'instabilité persistante et les violations des droits humains en Syrie.
- Manifestations à Berlin -
La visite d'Al-Chareh, initialement prévue en janvier, avait été reportée en raison d'affrontements entre ses troupes et les combattants kurdes.
Pour soutenir sa venue ou protester contre, des manifestations ont lieu lundi à Berlin.
Devant le ministère des Affaires étrangères, des manifestants ont brandi des drapeaux kurdes et des pancartes critiquant le rapprochement entre les deux dirigeants, ainsi que le passé djihadiste du Syrien.
Une association kurde en Allemagne, la KGD, a jugé vendredi par communiqué que l'ancien chef rebelle ne devait bénéficier "d'aucune reconnaissance officielle".
Friedrich Merz a pour l'instant "réduit sa politique syrienne à la question des expulsions et ignoré la situation réelle sur le terrain", a déclaré à l'AFP Luise Amtsberg, députée des Verts en charge des affaires étrangères, mettant en garde contre une "normalisation précipitée" des relations.
La Syrie est loin d'être stabilisée ou pacifiée. Les tensions confessionnelles et le groupe Etat islamique ont provoqué des effusions de sang répétées et Israël a mené des centaines de frappes dans le pays.
S.Keller--BTB