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Un pétrolier russe arrive à Cuba en plein blocus énergétique des Etats-Unis
Une cargaison très attendue de pétrole russe est arrivée à Cuba mardi, même si elle risque de ne pas suffire pour enrayer la crise énergétique que traverse l'île, confrontée depuis janvier à un blocus pétrolier américain.
L'Anatoly Kolodkin, un pétrolier russe transportant 730.000 barils de brut, est arrivé au port de Matanzas, à l'est de La Havane, vers 08h15 heure locale (12h15 GMT), selon une équipe de l'AFP sur place. Il s'agit de la première livraison de pétrole à Cuba depuis le 9 janvier.
La décision du président américain Donald Trump de laisser la Russie livrer du pétrole à Cuba malgré un embargo américain de facto depuis le début de l'année permet d'éviter une confrontation avec Moscou tout en donnant une bouffée de répit à l'île communiste de 9,6 millions d'habitants.
Mais la Maison Blanche assure que les sanctions américaines restent inchangées, la porte-parole Karoline Leavitt décrivant des "décisions au cas par cas".
Dans la baie de Matanzas, quelques Cubains ont assisté aux manœuvres du gigantesque navire russe pour entrer au port.
"C'est fondamental pour que nous puissions subsister, parce que le pays est à l'arrêt", a confié à l'AFP Felipe Serrano, 76 ans, qui travaille comme vigile dans un restaurant.
Leticia Munguía, une retraitée de 61 ans, se réjouit elle aussi de l'arrivée du navire: "Pourvu qu'ils continuent d'envoyer du (pétrole), parce que cet envoi ne couvrira pas tout ce dont nous avons besoin".
L'île est confrontée depuis des années à une crise, exacerbée par la suspension en janvier de l'approvisionnement en pétrole en provenance du Venezuela après la capture de Nicolas Maduro par les Etats-Unis, et par la menace américaine de sanctionner tout pays livrant du pétrole à La Havane.
- Stratégie américaine -
Cette menace a poussé le Mexique à interrompre ses livraisons de pétrole destinées à Cuba. Faute de pouvoir approvisionner l'île, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a annoncé un don à titre personnel de 20.000 pesos (environ 1.100 dollars) pour envoyer de l'aide humanitaire.
L'objectif de ces restrictions est de contraindre La Havane à "faire de vraies concessions à la table des négociations", analyse Ricardo Herrero, directeur exécutif du Cuba Study Group, un groupe de réflexion non partisan basé à Washington.
"La stratégie est de conduire le système au bord du gouffre", a-t-il expliqué à l'AFP, "mais pas de provoquer un effondrement total ou une catastrophe humanitaire".
"Tout ça s'inscrit dans l'idée que les États-Unis ont toutes les cartes en main", a-t-il ajouté.
Donald Trump a multiplié ces derniers mois les menaces visant La Havane, évoquant même l'idée de "prendre Cuba", sans préciser ce qu'il entendait par ce verbe.
Pour justifier le blocus énergétique, Trump affirme que Cuba représente "une menace exceptionnelle" pour la sécurité nationale de son pays en raison des relations qu'elle entretient avec la Russie, la Chine et l’Iran.
Mais "si un pays souhaite envoyer du pétrole à Cuba dès maintenant, cela ne me pose aucun problème", a-t-il déclaré dimanche. "Cuba est finie (...) qu'ils reçoivent ou non une cargaison de pétrole" ne changera rien, a-t-il affirmé.
- "Pansement" -
De son côté, le Kremlin s'est félicité lundi de l'arrivée du pétrolier. "La Russie considère qu'il est de son devoir de ne pas rester à l'écart et d'apporter l'aide nécessaire à nos amis cubains", a affirmé Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe.
Selon Jorge Piñon, expert du secteur énergétique cubain à l'Université du Texas à Austin, il faudra plusieurs dizaines de jours pour raffiner puis livrer le pétrole.
La cargaison russe pourrait être transformée en 250.000 barils de gazole, couvrant la demande du pays pendant environ 12 jours et demi, selon l'expert.
Les Cubains subissent des coupures régulières alors que les centrales peinent à répondre à la demande.
Les pannes, ainsi que les pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres produits de base, alimentent la frustration de la population et quelques rares manifestations.
Orlando Ocaña, un retraité de 76 ans, parle de la cargaison russe comme d'un "pansement" : "C'est un soulagement, mais pas la solution".
N.Fournier--BTB