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"Intenable": face à la flambée des prix, des transporteurs tournent au ralenti
"Intenable", "catastrophique": en Charente-Maritime, la flambée des prix à la pompe fait fondre la trésorerie des petites entreprises de transports, qui "laissent dans la cour" une partie de leur flotte de camions pour ne pas "rouler à perte" et survivre.
Dans son petit bureau de Bignay, village de 350 habitants bordant l'autoroute A10, Luc Bineau, patron d'une PME à son nom, jongle entre les factures, la calculatrice et son téléphone pour relancer fournisseurs et clients, alors que le prix du gazole a atteint, la semaine dernière, un record absolu depuis quarante ans.
En 15 jours, les prix chez son approvisionneur de carburant ont bondi de 72 centimes au litre, bien plus que l'aide annoncée vendredi soir par le gouvernement pour les transporteurs qui équivaudra à 20 centimes par litre en avril.
Pour faire le plein de ses 14 camions, le surcoût frôle les 30.000 euros.
Pris en tenaille, sa trésorerie fond à mesure que les réserves de sa cuve de 40.000 litres de gasoil diminuent dangereusement.
- Repos forcé -
"Je n'ai pas les finances pour la remplir. Il me faudrait 5.000 litres pour finir la semaine. C'est intenable", glisse, amer, le petit patron après un échange avec l'antenne locale de TotalEnergies, qui lui propose deux fois moins, diminuant les quantités pour "livrer tous les clients".
Sur ses 14 chauffeurs, livrant matériel de bricolage, pâte à papier ou paille aux entreprises et agriculteurs locaux, trois seront mis au repos cette semaine.
"On roule à perte en ce moment... Le coût d'une livraison a augmenté de 40 euros, certains clients sont prêts à mettre 10 euros de plus, mais pas davantage. On privilégie les petites livraisons, et on demande aux salariés de prendre leur récupération", indique M. Bineau.
Ce petit patron, également propriétaire d'un bar à vin "qui attire moins de monde depuis une semaine", et au contact de clients paysans "inquiets de la hausse du coût des engrais", présage "un sacré bordel" à venir sur "l'inflation".
A Aulnay-de-Saintonge, bourg rural dynamique à proximité où Chanel vient d'installer l'un de ses ateliers, l'inquiétude est partagée par les dirigeants d'Aulnay Transports, une PME familiale à la centaine de salariés et aux locaux flambant neufs.
- Trésorerie asséchée -
"On pourrait avoir le double de camions... mais tout le développement est freiné. Dès qu'on pourra en vendre un, on le fera", explique fataliste Matthieu Bernard, dirigeant de TMB-17, une filiale du groupe, dont les camions frigorifiques sillonnent le pays.
Comme chez ses concurrents, une partie des chauffeurs ont été mis au repos forcé pour "laisser les camions dans la cour", tant que les recettes ne couvrent pas les "6 à 7% d'augmentation des coûts de livraison".
"Les grandes surfaces ont peur de ne plus avoir de camions, elles sont prêtes à indexer les prix", explique l'entrepreneur de 37 ans, qui s'attend au passage à "une augmentation des prix en rayon", "mais elles le font avec un décalage de deux mois, la trésorerie ne tiendra pas".
Selon lui, les caisses des entreprises de la filière "sont dans un état catastrophique" et beaucoup "vont tomber" "si rien n'est fait", d'autant que les vols de carburants dans les réservoirs de ses camions ont décuplé en mars.
Depuis lundi, l'Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) mène des opérations escargots pour dénoncer "la flambée des prix des carburants" et la réponse "pas à la hauteur de l'Etat". Le gouvernement, qui a promis 50 millions d'euros d'aide au secteur en avril, a laissé entendre lundi qu'elle pourrait être prolongée au-delà.
F.Pavlenko--BTB