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Libération: départ surprise de Dov Alfon, Nicolas Barré proposé pour le remplacer
Patron respecté de la rédaction de Libération depuis 2020, le journaliste franco-israélien Dov Alfon quitte son poste pour se consacrer à l'écriture, et l'ancien directeur des Echos Nicolas Barré est pressenti pour le remplacer.
M. Alfon a annoncé ce départ surprise à la rédaction mercredi, et cette nouvelle a parallèlement été officialisée par Libération dans un communiqué.
Le journaliste et écrivain avait succédé en septembre 2020 à Laurent Joffrin comme directeur de la rédaction. Auparavant, il a longtemps travaillé pour le quotidien israélien de gauche Haaretz, dont il a notamment été rédacteur en chef de 2008 à 2011 puis correspondant à Paris.
Comme écrivain, Dov Alfon a signé en 2019 le roman d'espionnage "Unité 8200", du nom d'une unité israélienne de renseignement dont il a fait partie durant son service militaire.
"Dov Alfon, qui a fêté ses 65 ans, a indiqué vouloir reprendre l'écriture", a expliqué Libération dans son communiqué. "Il a estimé qu'un nouveau cycle de transformation devait s'ouvrir", conduit "par un directeur ou une directrice de la rédaction en mesure de se projeter dans ce rôle pour plusieurs années".
Pour le remplacer, le nom de Nicolas Barré a été proposé, a annoncé quelques heures plus tard Denis Olivennes, président de la société actionnaire principale de Libération. Cette proposition "sera soumise au vote de la rédaction, conformément aux statuts du journal".
- Barré et "l'indépendance" -
"Journaliste unanimement reconnu", qui a dirigé la rédaction du quotidien économique Les Echos "pendant dix ans", M. Barré a "prouvé son attachement à l'indépendance éditoriale", a argumenté M. Olivennes.
Nicolas Barré avait soudainement été écarté de la direction de la rédaction des Échos en mars 2023. La société des journalistes y avait vu une "éviction brutale par l'actionnaire" LVMH, le groupe du milliardaire Bernard Arnault.
M. Barré était ensuite parti début 2025 pour Politico, qu'il a quitté en janvier.
S'il est nommé à Libération, il devra poursuivre la transition vers le numérique mise en oeuvre par Dov Alfon.
Le départ de ce dernier "est un choc et une grande perte", car Libé "est en progression constante depuis son arrivée", a déclaré à l'AFP la chef du service international, Sonia Delesalle-Stolper.
Selon le journal, les abonnements numériques "ont progressé de 444%" sous sa direction, à 110.000 abonnés, "et l'audience numérique a doublé pour atteindre 40 millions de visites mensuelles".
En 2025, Libé s'est vendu à 117.000 exemplaires par numéro, contre 90.000 exemplaires en 2021, selon l'ACPM (Alliance pour les chiffres de la presse et des médias).
Thomas Legrand, qui signe une chronique dans Libé, a loué auprès de l'AFP l'"autorité naturelle, la solidité" de Dov Alfon.
Cité dans le communiqué, l'intéressé a dit sa "fierté d'avoir servi ce titre extraordinaire", pour qui "le meilleur est à venir".
- Clivages -
Même s'il s'est redressé, Libération n'échappe pas à la crise de la presse. Selon le média d'investigation L'Informé, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky l'a renfloué à quatre reprises depuis 2022, la dernière fois en décembre à hauteur de 17 millions d'euros et pour un total de 59 millions.
De 2014 à 2020, Libé appartenait au groupe Altice, du milliardaire Patrick Drahi, qui l'a ensuite transféré à un fonds destiné à garantir son indépendance, le "Fonds de dotation pour une presse indépendante" (FDPI).
Libération est né en 1973, dans le sillage de Mai 68. Parmi ses cofondateurs figuraient le philosophe Jean-Paul Sartre et Serge July, qui en a été l'emblématique directeur de 1974 à 2006.
"Libération a traversé beaucoup de crises, a été menacé plus d'une fois d'une fin de parution", avait rappelé M. Alfon à l'AFP lors du 50e anniversaire du quotidien en 2023.
Il reconnaissait par ailleurs que la rédaction était traversée par les mêmes clivages que la gauche française, notamment autour des notions d'universalisme et de laïcité.
"Ce dialogue est quelquefois simple, quelquefois il ne l'est pas, mais fait partie de cette richesse que nous voulons mettre en débat", assurait-il.
Une assemblée générale a eu lieu mardi à Libé au sujet de son spécialiste des questions européennes, Jean Quatremer, auquel certains collègues reprochent ses prises de position publiques.
I.Meyer--BTB