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En Thaïlande, les micro-organismes contre les brûlis dans les rizières
Siriporn et Amnat Taidee avaient pour habitude de brûler leurs rizières entre deux semis, une pratique en partie responsable du brouillard toxique qui recouvre une partie de la Thaïlande chaque année, mais qui pourrait être remplacée par des solutions microbiennes.
La méthode du brûlis, rapide et peu coûteuse, a longtemps été vue par les riziculteurs thaïlandais comme la meilleure option pour préparer un nouveau cycle de culture.
Mais pour le couple Taidee, qui vit à Chiang Rai près d'une rizière verdoyante, abandonner ce qu'Amnat appelle "l'ancienne façon de faire" est un pari gagnant. Leur sol est plus meuble, leurs rendements ont augmenté et leurs dépenses en engrais ont diminué.
Entre janvier et avril, la fumée des champs, des feux de forêt et des émissions industrielles - à laquelle s'ajoute la pollution des pays voisins - fait chuter la qualité de l'air en Thaïlande à des niveaux dangereux.
Pour y faire face, Bangkok impose depuis des années des restrictions sur les brûlis. Mais un récent renforcement de la répression a engendré des tensions avec les agriculteurs, qui estiment ne pas avoir d'autre choix.
"Cela ne fait qu'alourdir (leur) fardeau", analyse Witsanu Attavanich, économiste de l'environnement à l'université Kasetsart, à propos de l'interdiction.
Les Taidee ont été parmi les premiers à remplacer le feu par des micro-organismes. Ils utilisent un produit appelé "Soil Digest", développé par un chercheur thaïlandais, utilisant cinq souches de bactéries Bacillus.
Selon Siriporn, cette solution décompose les résidus de la moisson en quelques jours et aide à restaurer le sol.
"Le riz pousse très bien et le sol est sain", constate-t-elle. "Ce truc microbien change tout".
- Le prix du changement -
Depuis l'année dernière, les autorités de Chiang Rai - l'une des principales provinces rizicoles de Thaïlande - encouragent les agriculteurs à essayer des solutions microbiennes.
Aujourd'hui, environ 2.000 ont franchi le pas sur les 100.000 que compte la province.
Ces produits sont utilisés depuis longtemps dans l'agriculture thaïlandaise, mais la demande pour des formules ciblant la décomposition de la paille a fortement augmenté depuis que la répression des brûlis s'est intensifiée.
Le gouvernement thaïlandais pousse pour un accès gratuit à ces solutions, mais les stocks sont épuisés, ont confié des responsables à l'AFP.
Pour les riziculteurs, les alternatives sur le marché privé peuvent coûter cher.
A Pathum Thani, une province du centre de la Thaïlande, Samart Atthong a dépensé 1.200 bahts (37 dollars) pour louer un drone et pulvériser du "Soil Digest" sur ses champs.
"Les gens (...) devraient regarder les choses sur le long terme", estime Samart.
"Une fois que le sol sera régénéré, nous n'aurons plus besoin d'autant d'engrais", explique-t-il. "Là où je vis, les brûlis ont pratiquement disparu".
- "Pas de solution unique" -
Dans une pièce saturée de poussière de levure, le professeur à la retraite Wichien Yongmanitchai observe les machines vrombissantes qui produisent le "Soil digest", son invention.
Il a isolé des souches bactériennes locales, convaincu qu'elles seraient plus efficaces dans cet environnement.
"C'est facile à mettre en oeuvre, abordable, et cela n'a pas changé les pratiques des agriculteurs", crie-t-il pour couvrir le grondement des machines.
Sans traitement, la paille de riz met environ 30 jours à ramollir suffisamment pour être labourée. Sa solution réduit le processus à cinq à sept jours.
Les premiers essais montrent des augmentations de rendement pouvant atteindre 20%. M. Wichien affirme également que les bactéries peuvent réduire les émissions de méthane des rizières d'au moins 20%.
Des experts indépendants s’accordent à dire que la technologie est prometteuse, mais préviennent que le système dans son ensemble doit changer pour les 20 millions d'agriculteurs thaïlandais.
Pour Nipon Poapongsakorn, expert en politique agricole à l’Institut de recherche sur le développement de Thaïlande, il faut conditionner les aides gouvernementales à l'engagement d'arrêter les brûlis, mais aussi faciliter l'accès aux machines et à l'éducation.
De son côté, M. Wichien voit déjà plus loin et se tourne vers les autres champs d'Asie du Sud-Est, voire même d'Afrique: "Je veux juste que ça fonctionne".
J.Bergmann--BTB