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"Ivresse", exposition miroir des contradictions françaises autour de l'alcool
Sur l'affiche, la France est une grappe hexagonale aux mille raisins et le slogan sonne comme une injonction: "Buvez du vin et vivez joyeux", tandis qu'à quelques mètres, lui répond une pin-up qui s'asperge d'eau fraîche et décrète: "les belles plantes ne s'arrosent pas à l'alcool".
Bienvenue dans la France d'avant la loi Evin et dans les discordances de représentations de l'alcool au fil du temps, mises à l'honneur dans une exposition: "Ivresse", présentée depuis vendredi et jusqu'à l'automne à Toulouse.
A travers une cinquantaine d'estampes, de tableaux, d'affiches publicitaires ou de vidéos, cette "expo à consommer sans modération" veut "montrer le regard changeant qu'on a pu avoir sur l'alcool", cette vision "ambiguë selon les circonstances", explique à l'AFP Marie-Pierre Chaumet, co-directrice du Musée des Arts Précieux Paul Dupuy, au coeur du centre historique de la ville rose.
Dédiée aux arts décoratifs et graphiques, cette institution a la main sur plus de 100.000 documents, toutes époques confondues, l'un des plus importants fonds iconographiques en France, hors Paris.
"Autour de l'alcool, on avait le choix avec plus de 700 documents", a souligné Laurence Pereira, en charge de la gestion du fonds.
Organisé en deux espaces "Boire" et "déboires", le parcours aborde les représentations idéalisées de l'alcool, à travers des thèmes comme les Bacchanales, prisées des peintres de l'âge classique.
- "Chemin à faire" -
L'ivresse y est ici associée à la fête, l'exaltation et le bonheur, elle est "rattachée au monde des dieux", à travers la figure romaine de Bacchus ou de son pendant grec Dionysos.
Ses joues rosies se retrouvent ça et là, même si, comme souvent en publicité, c'est plus communément l'image de la femme qui est privilégiée pour vanter les mérites d'un champagne, d'un cognac ou des vins de France synonymes de "santé", de "gaieté" et d'"espérance", comme sur cette réclame du ministère de l'Agriculture des années 1930.
Côté "déboires", l'exposition montre l'évolution négative de la perception de l'ivresse, notamment à partir du XIXe siècle, marqué par l'intensification de la consommation, l'essor des alcools industriels et parallèlement l'apport de la science et les débuts de la lutte contre ce qui devient "l'alcoolisme".
Les ambivalences persistent: entre le vin et la bière valorisés comme produits du terroir face aux alcools distillés, ou entre "l'ivrognerie populaire stigmatisée" tandis que "certaines formes d’ivresse mondaine" restent glamourisées.
La prévention et les législations évoluent au fil du XXe siècle pour restreindre les consommations: il faut par exemple une loi de 1956 pour interdire le vin à la cantine avant 14 ans, complétée en 1981 pour le lycée.
En vitrine, des protège-cahier vantant le rhum Negrita ou des buvards saluant les mérites du Byrrh, un "hygiénique tonique à base de vins généreux et de quinquina" témoignent de ce passé qui semble lointain.
"On a fait du chemin et pourtant il y en a encore à faire", estime auprès de l'AFP Antoinette Fouilleul, présidente du comité territorial Haute-Garonne de l'Association Addictions France qui animera des stands au fil de l'exposition.
"La question des ivresses a toujours existé et existera toujours mais la vraie question c'est d'en réduire les risques et les dommages, d'avoir suffisamment de discernement pour pouvoir à la fois prendre plaisir de temps en temps mais ne pas risquer sa santé dans une dépendance", rappelle cette psychiatre-addictologue.
D.Schneider--BTB