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Séance budget cruciale à la métropole Aix-Marseille-Provence, menacée de mise sous tutelle
Les 92 maires de la métropole Aix-Marseille-Provence se réunissent mardi pour une séance dominée par un déficit budgétaire de 123 millions d'euros qui, s'il n'était pas comblé, risquerait d'ouvrir la voie à une rarissime mise sous tutelle de l'Etat.
La séance est cruciale pour la métropole la plus étendue de France et ses 1,8 million d'habitants, à deux jours de la date butoir du 30 avril, avant laquelle les collectivités sont contraintes d'avoir voté leur budget 2026.
Or les élus menacent dans leur large majorité, toute tendance politique confondue, de ne pas voter.
Les édiles ont fustigé "l'insoutenabilité" d'une baisse "continue" des dotations de l'Etat (moins 120 millions d'euros en deux ans), qui les place selon eux "dans l'impossibilité d'équilibrer le budget", pourtant une obligation légale.
Derrière ce déficit de 123 millions, pour un budget de 4,8 milliards en 2025, il y a aussi des frais de fonctionnement liés à "l'augmentation de l'offre de transport", pas compensée par les recettes.
Dossier d'autant plus épineux que le développement des transports publics, notamment à Marseille qui souffre d'un grand retard d'infrastructures, est aussi le fruit des investissements portés par le président Macron et son plan "Marseille en grand".
Pour combler son trou budgétaire, l'institution réclame un déplafonnement du versement mobilité, taxe payée par les entreprises.
Car si l'intercommunalité a élaboré un "plan d'économie d'urgence" d'un peu plus de 30 millions d'euros avec notamment la suppression de certains évènements, il lui manque encore 90 millions.
- Ni austérité, ni hausses d'impôts -
En déplacement à Marseille jeudi, le Premier ministre Sébastien Lecornu reconnaissait que les dispositions budgétaires concernant les intercommunalités étaient "dures", pointant du doigt le Sénat et prônant "une méthode complètement différente pour le budget de l'année prochaine".
Ces dernières semaines, plusieurs pistes d'économies ont été évoquées. Elles sont loin de faire consensus, que ce soit une augmentation des tarifs des transports, une hausse de la fiscalité ou une baisse des subventions aux associations.
Pour équilibrer le budget, "on nous demande d'augmenter les impôts (...) de près de 200 euros par foyer fiscal", regrettait, le 21 avril, le tout nouveau président de la métropole Nicolas Isnard. "Une somme inadmissible", fustigeait au micro d'Ici Provence celui qui est aussi maire de Salon-de-Provence (LR).
Même son de cloche chez le maire de Marseille Benoît Payan (DVG).
"Je ne suis ni pour l'austérité, je ne veux pas qu'on augmente le ticket de bus, je ne veux pas qu'on augmente les impôts, je veux du service public", confiait-il à l'antenne locale de BFMTV.
L'absence d'un vote mardi conduirait à une intervention du préfet, qui saisirait la chambre régionale des comptes. Elle aurait alors un mois pour formuler un budget alternatif. Une mise sous tutelle rarissime, qui a concerné l'an dernier le département de la Charente et celui de la Guadeloupe à la fin des années 1990.
Cette même chambre régionale des comptes avait dans le passé épinglé notamment des attributions de compensations, financements reversés par la métropole aux communes. La collectivité est ainsi "privée, chaque année, de ressources financières significatives, qu'elle ne peut pas consacrer à la solidarité intercommunale et au développement d'équipements de dimension métropolitaine", regrettait fin 2024 un rapport de la cour sur "Marseille en Grand".
Les attributions "pèsent à hauteur de 40% sur le budget de l'intercommunalité", indique à l'AFP un responsable de la métropole, évoquant une "rigidité structurelle très forte."
Elue lundi présidente de la Régie des Transports métropolitains, l'adjointe au maire de Marseille Samia Ghali a évoqué les difficultés financières, espérant que son institution ne pâtira pas "des mauvaises gestions du passé."
"J'irai partout chercher l'argent où il le faut, que ce soit à l'Etat, aux collectivités territoriales, les entreprises aussi", a-t-elle promis.
N.Fournier--BTB