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Placée en liquidation judiciaire, Air Antilles ne redécollera plus
Clouée au sol depuis décembre et en redressement judiciaire depuis février, Air Antilles ne redécollera plus: le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a placé lundi la compagnie aérienne régionale en liquidation judiciaire, faute d'offre de reprise jugée crédible.
Le tribunal "rejette l'ensemble des offres de session présentées" et "convertit la procédure de redressement judiciaire de la SAEM Air Antilles en procédure de liquidation judiciaire", selon la décision consultée par l'AFP. Il "ordonne la cessation immédiate de l'activité" de la compagnie.
"Au cours de la période d'observation, l'administrateur a conclu à l'impossibilité de présenter un plan de redressement par voie de continuation, compte tenu de l'importance du passif évalué à plus de 56 millions d'euros et au regard des pertes d'exploitation persistantes", ajoute le tribunal.
Cette décision signe la fin de la compagnie régionale qui dessert les îles françaises des Caraïbes (Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Guadeloupe et Martinique) depuis 2002 et qui enchaîne les déboires depuis plusieurs années.
"C'est un grand soulagement", a néanmoins réagi auprès de l'AFP Séverine Louisor Malborougt, déléguée du personnel d'Air Antilles, pointant "l'épuisement des salariés" après des mois d'incertitude et estimant que la décision "représente avant tout la clôture d'un chapitre particulièrement éprouvant de (leur) vie professionnelle".
Depuis le placement en redressement judiciaire en février, les 116 salariés étaient dans le flou et la décision du tribunal avait été plusieurs fois reportée.
"Pas de surprise malheureusement", a réagi lundi soir Brieuc Hardy, délégué syndical du SNPL France ALPA (Syndicat national des pilotes de ligne France Airline Pilote Association).
"Les salariés et les organisations syndicales avaient alerté, très tôt, sur une potentielle gouvernance qui pouvait être létale à ce projet SEML Air Antilles et ça a été le cas, même si on aurait préféré se tromper", a-t-il déploré.
- "Hasardeux et catastrophique" -
Air Antilles avait été relancée en juin 2024 avec l'appui de la collectivité de Saint-Martin, devenue actionnaire majoritaire au nom de la continuité territoriale, après la liquidation judiciaire de sa société mère, le groupe Caire, en août 2023. La collectivité avait investi environ 20 millions d'euros dans l'opération.
Mais la compagnie a été interdite de vols en décembre 2025 par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), à la suite d'un audit ayant mis en évidence des manquements documentaires et organisationnels.
"Nos repreneurs sont arrivés avec de grandes ambitions, des stratégies et tout ça s'est révélé être hasardeux et catastrophique pour les salariés", a regretté Séverine Louisor Malborougt.
Dans un communiqué, l'intersyndicale a dénoncé un "manque manifeste d'anticipation ayant conduit à la destruction d'un outil essentiel de désenclavement aérien de nos territoires".
Le président de la collectivité de Saint-Martin Louis Mussington n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.
Plusieurs offres de reprises étaient pourtant sur la table, mais aucune n'a convaincu. La plus aboutie, l'offre du consortium guadeloupéen Pewen de l'entrepreneur Pierre Sainte-Luce, était la seule à porter sur l'ensemble de l'activité mais ne prévoyait la reprise que de 13 salariés sur 116, voire 14 avec un engagement pris à l'audience.
Tout en reconnaissant les efforts produits par Pierre Sainte-Luce pour présenter un "projet industriel structuré", le tribunal a jugé cette reprise "incontestablement insuffisante" au regard de l'objectif légal de maintien de l'emploi.
Lors de leur consultation, les salariés s'étaient abstenus, jugeant l'offre "non réalisable". La DGAC avait elle aussi émis un avis critique, estimant le schéma de reprise "confus" et présentant "une faisabilité peu réaliste".
Une deuxième offre, portée par une holding basée à Londres nommée Karaibes Eco Rayonnance Consulting (KER) et adossée à un prêt de 90 millions d'euros d'un fonds turc, avait été retirée avant la décision.
Une troisième, partielle, ne portait que sur un aéronef et ne prévoyait aucune reprise de personnel.
Avec l'arrêt d'Air Antilles, la compagnie Air Caraïbes (groupe Dubreuil) est désormais la seule à relier entre eux les territoires français des Antilles.
O.Krause--BTB