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La BCE va maintenir ses taux malgré le choc énergétique
La Banque centrale européenne (BCE) devrait, à l'instar des autres grandes institutions occidentales, maintenir ses taux directeurs inchangés jeudi, l'incertitude sur l'impact économique lié à la guerre au Moyen-Orient l'incitant à la prudence.
Les gardiens de l'euro se réunissent sans savoir si les négociations entre Iraniens et Américains pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient vont reprendre et en plein blocage au sujet du détroit d'Ormuz.
La fermeture de cette voie stratégique, par laquelle transitent en temps normal près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures, a provoqué la hausse brutale des prix de l'énergie, sans toutefois atteindre les scénarios les plus pessimistes envisagés par la BCE.
Ils ravivent néanmoins les craintes inflationnistes au moment même où la croissance économique montre des signes d'essoufflement.
Dans la zone euro, l'inflation s'est accélérée en mars à 2,6%, son plus haut niveau depuis mi-2024, et elle pourrait monter à 3% en avril, selon un panel d'économistes sondé par Factset.
Cette dynamique inquiète déjà les ménages, dont les attentes d'inflation sur douze mois ont "fortement augmenté" à 4% en mars, contre 2,5% en février, d'après une récente enquête de la BCE.
Leurs anticipations à cinq ans sont en revanche restées quasi inchangées, proches de l'objectif de la BCE de 2%.
Pour Éric Dor, directeur des études économiques de l'Iéseg, cela montre la "crédibilité en matière de maîtrise de l'inflation à moyen terme" de l'institution francfortoise.
Cela pourra aussi rassurer les banquiers centraux partisans d'un "report de toute nouvelle hausse des taux", explique-t-il à l'AFP.
D'autant que du côté de la conjoncture, les signaux sont également préoccupants.
Les derniers indices PMI des directeurs d'achats montrent que l'activité économique en zone euro s'est contractée en avril pour la première fois en seize mois.
- Risque de stagflation -
Les banques, devenues plus frileuses, ont quant à elles fortement durci leurs conditions de crédit aux entreprises début 2026, comme jamais depuis plus de deux ans, selon une autre enquête de la BCE.
" La guerre et la hausse des prix de l'énergie ne constituent pas seulement un choc inflationniste, mais un véritable choc stagflationniste", mélange de stagnation du taux de croissance et de hausse des prix, analyse Carsten Brzeski, économiste chez ING.
Dans ce contexte, la BCE a intérêt à "jouer la montre", croit Ludovic Subran, d'Allianz.
Le taux de dépôt devrait être maintenu jeudi à 2%, niveau inchangé depuis juin dernier, selon les observateurs.
Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) a sans surprise maintenu mercredi ses taux directeurs dans la fourchette entre 3,50% et 3,75%, comme depuis décembre, attendant de voir comment la première économie mondiale encaisse la guerre au Moyen-Orient.
La Banque d'Angleterre (BoE) devrait également laisser son principal taux directeur inchangé jeudi, à 3,75%, les investisseurs n'anticipant plus comme avant fin février de prochaines baisses de taux .
Parmi les banques centrales, la BoE pourrait être "parmi les plus sensibles à la hausse des prix de l'énergie", mais une croissance faible et un marché du travail fragile font que "la barre est haute" pour qu'elle relève ses taux à court terme, indique James Smith, analyste à ING.
Pour la zone euro, les marchés anticipent une hausse des taux en juin, avec la publication de nouvelles projections économiques intégrant plus finement les conséquences du conflit armé.
Plus le conflit avec l'Iran va s'éterniser, plus les prix d'énergie élevés risquent de se répandre sur des secteurs clés comme les semi-conducteurs, les engrais, la chimie ou les plastiques, craint la BCE.
Mais selon M. Brzeski, "si la remontée des anticipations d'inflation alimente le débat sur de nouvelles hausses de taux, les signes croissants de détérioration de la croissance rendent des resserrements agressifs moins évidents ".
Garante du maintien de l'inflation à 2%, l'institution monétaire ne cherchera pas à "combattre un choc externe en aggravant le ralentissement économique", conclut l'expert.
K.Brown--BTB