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A Fos-sur-Mer, la chasse au méthane accélérateur du réchauffement climatique
A l'ombre d'une raffinerie crachotant sa fumée blanche à Fos-sur-Mer, près de Marseille, une caméra infrarouge enregistre une pollution invisible à l'oeil nu: des fuites de méthane, gaz redoutable pour le réchauffement climatique, sur un gazoduc.
L'organisation environnementale Clean Air Task Force mène avec la fédération Les Amis de la Terre France une campagne de détection des émissions de méthane, molécule du gaz naturel responsable d'un tiers du réchauffement climatique depuis l'ère pré-industrielle.
Dans leur viseur: des infrastructures gazières et pétrolières. "En France, environ 65% des sites qu'on visite dégagent des émissions, c'est la moyenne européenne", confie à l'AFP Théophile Humann-Guilleminot, expert de Clean Air Task Force, déjà intervenu en Allemagne, Roumanie et en Italie.
Ces émissions -fuites ou délestages intentionnels en principe strictement encadrés- représentent dans l'Hexagone une perte annuelle de 300 millions de mètres cubes, précise-t-il, citant une étude académique. C'est moins de 1% de ce qui traverse les gazoducs, mais c'est la consommation de 200 à 250.000 foyers soit "une ville de taille moyenne."
En tournée dans le sud de la France, M. Humann-Guilleminot a détecté en quelques jours une trentaine de fuites sur une trentaine de sites.
Sa caméra infrarouge, rivée sur un poste de contrôle et d'entretien d'un gazoduc, dévoile sur l'écran comme des panaches de fumée s'échappant à deux endroits différents.
- "Peu de transparence" -
Outre la pollution atmosphérique, ces fuites représentent autant de volume de gaz perdu au moment où l'Europe, dépendante de ses importations gazières, s'inquiète des répercussions du conflit au Moyen-Orient, après la guerre en Ukraine.
Avec leur campagne de détection, les associations de défense de l'environnement veulent contrôler l'application par la France d'un règlement européen adopté à l'été 2024 pour juguler les émissions de méthane.
Une soixantaine d'inspections sont prévues, près de Valence, Bordeaux et en Aquitaine, avant un rapport à venir fin mai.
L'occasion de voir "s'il y a des différences entre les entreprises, de comparer au niveau européen, d'identifier bonnes et mauvaises pratiques", explique Anna-Lena Rebaud, spécialiste gaz fossile aux Amis de la Terre.
Car, confie la militante, il y a "très peu de transparence."
Paris n'a pas encore rendu public les rapports sur la quantification des émissions de méthane, demandés aux entreprises concernées par le règlement européen pour février dernier. Et si un régime de sanctions est rédigé, il attend toujours d'être voté, ajoute Mme Rebaud.
Or le méthane -produit principalement par l'agriculture, l'élevage de bétail et l'exploitation de combustibles fossiles- présente un pouvoir réchauffant 80 fois plus puissant sur 20 ans que le CO2.
- Traitement des fuites "conforme" -
Deuxième opérateur de transport de gaz en Europe, la société Natran gère 32.600 kilomètres de canalisations en France, dont des conduites observées par les deux ONG.
Ses équipes techniques "oeuvrent quotidiennement pour détecter et traiter les émissions diffuses" qui sont "par nature faibles" et ne posent "aucun danger" pour riverains et salariés, indique l'exploitant à l'AFP.
Concernant des fuites sur deux sites près de Fos-sur-Mer, Natran indique qu'elles avaient été identifiées. Les émissions d'un des sites ont été notifiées à l'autorité compétente et "leur traitement est bien prévu conformément" au règlement européen.
L'exploitant s'engage à diviser par six, à l'horizon 2030, ses émissions de méthane par rapport à celles de 2019.
Ces émissions sont loin d'être les seules problématiques environnementales à Fos-sur-Mer, qui abrite le quatrième complexe pétrochimique d'Europe et est régulièrement épinglé pour une pollution calamiteuse, empoisonnant le secteur de l'Etang de Berre.
En février, l'organisme de surveillance de la qualité de l'air Atmosud présentait le suivi d'une étude sur les risques sanitaires, liés à la pollution atmosphérique dans cette zone où vivent 628.000 personnes.
Le rapport évoquait une baisse ou une stabilisation des concentrations de polluants déjà identifiés en 2015, tout en reconnaissant que plusieurs polluants présentent un risque sanitaire: l'ozone O3, le dioxyde d'azote, et des particules fines.
Par ailleurs, un "excès de risque supplémentaire" existe à cause d'un "cumul des expositions" à d'autres polluants cancérigènes, mutagènes, ou reprotoxiques (dangereux pour la reproduction humaine). "Des polluants principalement émis par l'industrie", souligne l'étude.
J.Bergmann--BTB