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Très mauvaise surprise pour l'économie française, le PIB est resté stable au 1er trimestre, et pas à cause de la guerre
Le Produit intérieur brut (PIB) de la France est resté stable au premier trimestre, a annoncé jeudi l'Insee dans une première estimation, une mauvaise surprise qui s'explique par une demande intérieure "atone" et une contribution du commerce extérieur "fortement négative", mais pas encore par la guerre qui a en revanche de premiers effets notables sur l'inflation.
La croissance, déjà décevante avant le 28 février quand les Etats-Unis et Israël ont attaqué l'Iran, déjoue les prévisions des grands instituts: la Banque de France pensait encore il y a une quinzaine de jours que la croissance aurait pu atteindre "jusqu'à 0,3%" au premier trimestre tandis que fin mars, l'Insee avait abaissé sa prévision initiale de 0,3% à 0,2%.
Finalement le PIB "marque le pas", remarque ainsi l'Institut national de la statistique jeudi, après avoir augmenté de 0,2% au quatrième trimestre 2025 et de 0,9% en 2025.
La différence entre les prévisions et le résultat tient essentiellement à un repli de la composante "construction" qui n'avait pas été anticipé, avec une baisse de 1,5%, affectant particulièrement les travaux publics.
Cela peut être "lié au cycle électoral", remarquait jeudi lors d'un point de presse Marie Leclair, cheffe du département des Comptes nationaux à l'Insee. Les mairies n'entament ainsi pas de travaux à quelques semaines des élections municipales, qui se sont tenues en mars.
- "Gros point noir" -
Au total, la contribution de la demande intérieure (hors stocks) à la croissance du PIB est nulle ce trimestre, celle du commerce extérieur "fortement négative" car les exportations se replient "franchement" en raison de moindres exportations d'avions après des livraisons "très importantes" fin 2025, et les importations reculent encore.
Ce sont finalement les reconstitutions de stocks, particulièrement dans l'aéronautique, qui empêchent le PIB de baisser au premier trimestre.
Malgré le chiffre final nul inattendu, "les détails du PIB ne surprendront personne" estime auprès de l'AFP Maxime Darmet, économiste d'Allianz Trade. "On a toujours des faiblesses persistantes dans la consommation en biens des ménages, ça s'installe dans la durée".
Il juge néanmoins que la construction "est le gros point noir du rapport". L'élément positif, à ce stade, est la production manufacturière qui "a continué à bien se porter", soutenue sans doute par les dépenses de défense.
Avec un tel premier trimestre, la prévision de croissance du gouvernement pour l'année, 0,9%, déjà révisée à la baisse de 0,1 point ce mois-ci pour tenir compte des effets de la guerre, semble déjà obsolète.
Réaliser cette prévision annuelle nécessiterait désormais une croissance d'environ 0,3% à chacun des trois prochains trimestres, ce qui semble difficile alors que les effets de la guerre ne se sont pas encore fait sentir.
- Blocage d'Ormuz -
L'économiste d'ING Charlotte de Montpellier présageait déjà une croissance de 0,7% cette année avant même la publication de l'Insee, et moins "si le conflit s'enlise".
Or, le début du deuxième trimestre semble déjà bien affecté par la guerre. Selon l'Insee, le climat des affaires s'est "assombri nettement" en avril, retrouvant son niveau de juillet 2024, juste après la dissolution de l'Assemblée nationale, et la confiance des ménages s'est "dégradée fortement", connaissant sa plus forte baisse depuis mars 2022 et le début de la guerre en Ukraine.
"Pour l’ensemble de l’année 2026, le blocage du détroit d’Ormuz pourrait amputer la croissance de 0,3 point, soit une hausse du PIB de 0,6% sur l’année", estimait jeudi Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco.
Surtout, l'inflation a commencé à décoller, dans la foulée de la hausse des prix du pétrole. Le baril de pétrole Brent, qui valait autour de 60 dollars fin 2025, dépassait 126 dollars jeudi matin.
Les prix à la consommation, a révélé l'Insee dans la matinée, ont augmenté de 2,2% sur douze mois en avril, après 1,7% en mars, contre 0,9% en février avant la guerre. Là encore une mauvaise surprise, car les analystes anticipaient une hausse limitée à 2%.
M.Odermatt--BTB