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ExxonMobil et Chevron plombés par des effets comptables au 1er trimestre
Les groupes pétroliers américains ExxonMobil et Chevron ont annoncé vendredi des bénéfices nets en recul au premier trimestre, creusés par des décalages comptables qui seront comblés ultérieurement, dans un contexte de hausse des cours du pétrole qui pourrait perdurer.
Dans le sillage du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février et du blocage du stratégique détroit d'Ormuz pour le transport des hydrocarbures, les cours de l'or noir sont passés d'une soixantaine de dollars le baril mi-février à plus de cent.
Et Darren Woods, patron d'ExxonMobil, a prévenu lors d'une audioconférence avec des analystes qu'ils pourraient aller encore plus haut.
"Lorsque l'on regarde la perturbation sans précédent de l'approvisionnement mondial de pétrole et de gaz naturel, le marché n'a pas encore subi la totalité des conséquences", a-t-il déclaré.
"Il y a encore plus (d'augmentation) à venir si le détroit reste fermé", a-t-il ajouté, relevant que le marché avait fonctionné pour l'instant grâce aux stocks commerciaux de brut et à l'utilisation partielle de réserves stratégiques nationales.
Mais, d'après lui, ces sources d'appoints s'épuisent.
Le géant américain est lui-même directement affecté par le conflit avec une perturbation du transport maritime mais aussi la destruction de certaines infrastructures, notamment au Qatar.
Il avait indiqué en avril que sa production mondiale de pétrole allait reculer d'environ 6% au premier trimestre, sur un an, du fait des perturbations liées au conflit. La production de gaz naturel a diminué de 8,2%.
Entre janvier et mars, le groupe a engrangé un chiffre d'affaires de 85,14 milliards de dollars (+2,42% sur un an) mais son bénéfice net ressort à 4,18 milliards de dollars, soit une fonte de 45,78% sur un an.
Ce dernier a été plombé par des éléments exceptionnels liés à des effets de calendrier défavorables (3,9 milliards de dollars) et, dans une moindre mesure, à la guerre au Moyen-Orient (700 millions).
- "Volatilité" -
Son rival américain Chevron a aussi publié vendredi un bénéfice net en forte baisse (-36,86%) à 4,18 milliards, principalement également à cause d'un effet de calendrier lié au décalage entre la vente des produits et leur livraison, dans le cadre des marchés des dérivés.
Cela a représenté un manque-à-gagner temporaire de 2,9 milliards au premier trimestre.
"Malgré une volatilité géopolitique au plus haut et les perturbations d'approvisionnement qui en découlent, Chevron a réalisé une solide performance au premier trimestre", s'est félicité Mike Wirth, PDG du Chevron, soulignant que les raffineries américaines avaient traité une quantité record de brut en mars.
"Nous continuons de surveiller étroitement les développements au Moyen-Orient", a-t-il relevé, insistant auprès des analystes sur l'extrême incertitude régnant sur le marché.
"Le contexte imprévisible renforce l'importance d'une discipline d'investissement pour assurer un approvisionnement énergétique fiable et une sécurité énergétique mondiale", a-t-il poursuivi.
Même son de cloche du côté de Darren Woods, le patron d'ExxonMobil, qui a estimé que le conflit au Moyen-Orient "soulign(ait) l'importance de produits énergétiques fiables et à prix abordables".
"Ce trimestre démontre qu'ExxonMobil est une entreprise fondamentalement plus solide qu'il y a seulement quelques années, bâtie pour faire des performances malgré les perturbations et les cycles du marché", a-t-il commenté.
Le groupe s'attend à ce que la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran, en représailles à l'offensive des Etats-Unis et Israël lancée le 28 février, réduise sa production quotidienne d'environ 750.000 barils de pétrole (15% du total) au deuxième trimestre par rapport à celui de 2025, pour atteindre entre 4,1 et 4,3 millions de barils.
Si le détroit devait rouvrir vendredi, cela entraînerait une production supplémentaire de 350.000 barils sur les deux derniers mois du trimestre en cours.
Pour continuer d'approvisionner ses clients, il a changé des routes et dirigé en mars environ 13 millions de barils des Etats-Unis vers l'Asie-Pacifique, soit l'équivalent de trois semaines de production de sa raffinerie à Singapour.
Quand le détroit aura rouvert, "il y aura un ou deux mois de latence avant que le marché (mondial) retrouve un flux normal", selon M. Woods.
Vers 19H20 GMT, l'action ExxonMobil baissait de 0,47% et celle de Chevron reculait de 1,36% à la Bourse de New York.
M.Ouellet--BTB