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Alloncle pointe un audiovisuel public en "crise", son rapport sous le feu des critiques
Manque de neutralité et de contrôle, conflits d'intérêts, coûts trop importants: l'audiovisuel public est en "crise" et ne répond plus aux "attentes des Français", juge dans son rapport publié mardi le député UDR Charles Alloncle, immédiatement accusé de vouloir l'affaiblir, voire le privatiser.
Au bout de près de six mois de travaux parlementaires émaillés de nombreux incidents et polémiques, les 551 pages du rapport de la commission d'enquête sur la "neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public", ont été mises en ligne tôt mardi matin sur le site de l'Assemblée nationale.
"Disons-le clairement: ce rapport passe malheureusement à côté de l'essentiel. C'est une occasion manquée", a taclé sur X le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Les travaux avaient été lancés à la demande de l'UDR, le petit parti d'Eric Ciotti, allié du RN qui réclame la privatisation de l'audiovisuel public, dans la foulée des accusations de proximité avec la gauche envers les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen.
"Nous sommes tous des enfants de l'audiovisuel public français", dit le rapport de Charles Alloncle, qui énumère une longue liste de programmes emblématiques, de "Thalassa" à "Fort Boyard", en passant par "La carte au trésor", "Taratata", ou "L'heure de vérité".
Mais à ses yeux, le secteur dont les piliers sont France Télévisions et Radio France, est aujourd'hui en "crise" financière et administrative. Et il aurait "(perdu) le contact avec les attentes des Français", écrit Charles Alloncle.
Le parlementaire pointe des exemples illustrant selon lui des "biais militants", "une hostilité ciblée et assumée" à l'égard du RN chez certaines figures de la télé ou de la radio publiques, ou "l'humour érigé en expression militante".
Il dresse aussi un constat financier sombre et la "nécessité de réaliser des économies structurelles". Parmi les "dysfonctionnements", "le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public". Il vise par là l'État et la Cour des comptes.
- "Affaiblissement historique" -
A travers 69 recommandations, il préconise plus d'un milliard d'euros d'économies sur les quatre milliards que reçoit l'audiovisuel public de l'Etat pour faire fonctionner France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (France 24, RFI).
Cela passerait notamment par la suppression de la chaîne jeunesse France 4, la fusion de France 2 et France 5, où sont diffusés magazines et documentaires, ou encore celle de franceinfo et France 24 ainsi que celle des réseaux télé et radio France 3 Régions et ICI.
"Tout ça pour en arriver là? (...) à un texte qui prétend renforcer l'audiovisuel public en proposant son affaiblissement historique", a immédiatement réagi sur X la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte-Cunci.
"Supprimer des chaînes, ce n'est pas simplement réorganiser une grille. C'est retirer du paysage audiovisuel français des milliers d'heures de programmes", a-t-elle dénoncé, redoutant une "perte immense pour le savoir" si France 5 disparaissait.
- Dans l'ombre, la privatisation ? -
De son côté, le président de la commission d'enquête, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus a accusé Charles Alloncle de vouloir "préparer les esprits" à une privatisation de France Télévisions et Radio France, souhaitée par ses alliés du Rassemblement national.
Selon son avant-propos au rapport, l'objectif de Charles Alloncle était de jeter "le discrédit et d'une certaine manière l'opprobre" sur le secteur, dont il souligne au contraire les "atouts considérables", la radio France Inter dominant par exemple largement les audiences.
Dès l'adoption - de justesse - du rapport la semaine dernière, le président du RN Jordan Bardella a réaffirmé la promesse de "privatisation", dont la mise en application serait très complexe aux yeux d'experts, si son parti arrive au pouvoir.
Charles Alloncle se défend de porter un tel projet.
"Il y a des fusions de chaînes à réaliser", mais "en aucun cas, je ne me suis positionné pour la privatisation", a-t-il déclaré mardi matin à franceinfo.
Cible de nombreuses critiques pour ses méthodes qualifiées d'"inquisitoriales", mais applaudi dans les rangs des contempteurs de l'audiovisuel public, le député de 32 ans espère traduire une partie de son rapport dans une proposition de loi. Il souhaiterait la déposer à l'occasion d'une future niche parlementaire de l'UDR fin juin.
O.Krause--BTB