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Au Canada, le camp séparatiste en Alberta se rapproche d'un référendum
Les séparatistes de l'Alberta ont remis lundi aux autorités les signatures d'une pétition qui devrait ouvrir la voie à un vote historique à l'automne sur la possible sécession de cette province pétrolière de l'ouest canadien.
Sous les encouragements de la foule, qui agitait d'immenses drapeaux bleus aux couleurs de la province, les indépendantistes ont déposé devant les locaux d'Elections Canada des piles de cartons contenant, selon eux, les signatures de plus de 300.000 Albertains favorables à la tenue d'un vote.
"Nous ne sommes pas comme le reste du Canada", a lancé à l'AFP leur chef de file, Mitch Sylvestre, qui espère maintenant obtenir le premier scrutin jamais organisé sur cette question.
"Nous sommes conservateurs à 100% et nous sommes gouvernés par des libéraux qui ne pensent pas comme nous", a-t-il poursuivi, les accusant notamment de vouloir fermer l'industrie pétrolière.
Longtemps marginal, le camp indépendantiste dans cette région de cinq millions d'habitants a pris de l'ampleur ces derniers mois. S'ils restent minoritaires en Alberta, d'après les sondages, les séparatistes atteignent aujourd'hui un niveau d'environ 30%, un record.
Même dans l'hypothèse où ce mouvement venait à perdre le possible référendum, les leaders des deux camps affirment qu'il a déjà fait bouger les lignes.
- "Régime Trudeau" -
L'Alberta a rejoint la confédération canadienne en 1905 et les ressentiments envers les dirigeants politiques de l'Est, en Ontario et au Québec, ont alimenté des mouvements séparatistes marginaux à divers moments du siècle dernier.
Mais le séparatisme a réellement décollé en réaction au Programme énergétique national de 1980 de l'ancien Premier ministre Pierre Elliott Trudeau, qui renforçait le contrôle du gouvernement sur l'industrie pétrolière.
Pour contrer les chocs pétroliers des années 1970, le gouvernement avait alors mis en place un contrôle des prix pour les ventes de pétrole sur le marché intérieur et de nouveaux impôts permettant à Ottawa de tirer davantage de revenus du pétrole albertain.
Depuis, le mouvement s'est enraciné plus profondément, estime Michael Wagner, historien indépendant et partisan de longue date de l'indépendance de l'Alberta.
"Même si nous perdons le référendum, le mouvement ne va pas disparaître comme par magie", a-t-il déclaré à l'AFP, parlant lui aussi d'un changement profond en cours dans la province et au Canada.
Pour Tammy Kaleta, qui était dans la foule lundi, c'est le "régime Trudeau" – tant Pierre Elliott que son fils, Justin – qui l'a poussée vers l'indépendance.
Elle estime que l'Alberta n'a pas "sa voix" dans le système parlementaire canadien actuel. Et puis, "ce mouvement m'a vraiment inspirée", a confié la femme de 64 ans.
- Le facteur Trump -
Ancien vice-Premier ministre de l'Alberta et militant opposé à l'indépendance, Thomas Lukaszuk s'inquiète de la montée des séparatistes.
Pour les contrer, il a créé le groupe "Alberta Forever Canadian". Il estime que le camp d'en face a été encouragé par la Première ministre conservatrice de la province, Danielle Smith, qui a cherché à resserrer les liens avec le président américain Donald Trump.
Selon lui, un appui tacite de Washington, notamment à travers plusieurs rencontres au département d'État, a également joué un rôle.
"Les séparatistes ne sont pas des élus. Ce sont de simples citoyens canadiens vivant en Alberta, et ils ont pourtant été reçus aux plus hauts niveaux de l'administration américaine. Cela doit être extrêmement valorisant pour eux", a-t-il ajouté.
En janvier, le ministre américain des Finances, Scott Bessent, avait semblé apporter son soutien à l'idée d'une Alberta indépendante en parlant d'un "partenaire naturel pour les Etats-Unis", comme s'il s'agissait d'un pays à part entière.
M. Lukaszuk reconnaît toutefois que certains séparatistes ont des griefs légitimes auxquels Ottawa devrait tenter de répondre, notamment la stigmatisation d'une industrie pétrolière qui demeure une source essentielle de revenus dans la province.
Celui qui s'est installé enfant au Canada avec sa famille fuyant la Pologne communiste, dit avoir du mal à reconnaître sa province: "Les voisins ne se parlent plus, les membres d'une même famille ne se parlent plus".
Il affirme n'avoir "jamais vu cette province aussi divisée qu'aujourd'hui".
D.Schneider--BTB