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Aux Etats-Unis, un mécontentement croissant face à la montée de l'IA
L'IA "touchera toutes les professions, les salles de classe, les hôpitaux, les laboratoires, chaque personne et toutes vos relations", a affirmé Eric Schmidt, ancien patron de Google, lors d'une cérémonie de remise de diplôme à l'Université d'Arizona. Ce sont des huées, et non des applaudissements, qui ont répondu à son intervention.
Mobilisations contre les centres de données, étudiants sceptiques, responsables de l'administration Trump commençant à battre en retraite: la contestation de l'intelligence artificielle prend de l'ampleur aux Etats-Unis.
L'enthousiasme initial suscité par l'IA a cédé la place à une inquiétude croissante concernant l'impact de cette technologie émergente sur le chômage, la hausse des coûts, la désinformation et la sécurité.
"Les gens s'interrogent sur ce à quoi ressemblera leur avenir. Cette peur existentielle est une source d'angoisse très vive", explique Christabel Randolph du Center for AI and Digital Policy, un groupe de réflexion situé à Washington.
Selon un sondage de Semafor, 70% des Américains estiment que l'IA évolue trop rapidement, plus de 50% en ont une opinion négative, et seuls 18% des jeunes y voient un motif d'espoir.
Alors que l'économie américaine est mise à mal par une inflation tenace et que l'on assiste à des licenciements liés à l'IA dans le secteur de la tech, de jeunes Américains craignent que leurs diplômes universitaires coûteux, souvent financés par d'importants prêts, ne soient rendus obsolètes par l'intelligence artificielle.
Scott Borchetta, patron du label de musique Big Machine Records, a tenté de convaincre les diplômés de la Middle Tennessee State University d'accepter les changements liés à l'IA, mais a, lui aussi, reçu un accueil hostile.
"Vous pouvez m'écouter maintenant ou bien le payer plus tard", a-t-il ironisé. "Faites quelque chose, c'est un outil, mettez-le à votre service", a-t-il continué malgré les huées.
- "Non aux centres de données" -
La montée de l'intelligence artificielle entraîne un développement massif des centres de données, une infrastructure devenue un sujet politique brûlant aux Etats-Unis.
Ils consomment d'énormes quantités d'électricité et font grimper les factures d'énergie. Ces derniers mois, plusieurs élus soutenant des projets de construction de centres de données ont perdu des élections et la mobilisation anti IA a mené à des actes de violence.
Le mois dernier, un jeune homme a lancé un cocktail Molotov sur la maison de Sam Altman, patron d'OpenAI. Lors d'un autre incident survenu quelques jours plus tôt, la porte d'un conseiller municipal de l'Indiana ayant soutenu la construction d'un centre de données a vu sa porte criblée de balles.
Ce dernier a retrouvé une note glissée sous son paillasson: "Non aux centres de données".
Un sondage publié par Gallup en mai montre que ces derniers sont encore moins populaires que les centrales nucléaires, 71% des Américains s'opposant à l'implantation de centres dans leur région, contre 53% opposés à la présence de centrales nucléaires à proximité.
"Les Américains sont vraiment, vraiment en colère et mécontents (...) à cause du bruit, de la pollution, de l'impact sur leurs factures d'électricité et sur l'approvisionnement en eau", explique Christabel Randolph.
L'IA devient "un enjeu politique très important", ajoute-t-elle, qui pourrait même avoir des effets lors des élections de mi-mandat en novembre, ou de l'élection présidentielle de 2028.
L'administration Trump semble, elle aussi, avoir changé d'avis sur la question.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump s'est positionné comme un fervent défenseur du développement rapide de l'IA, abrogeant les exigences de sécurité mises en place sous l'administration Biden et s'opposant à toute réglementation, qu'il considère comme un frein à la compétitivité des États-Unis face à la Chine.
Mais ces derniers mois, l'administration a annoncé son intention de contrôler les modèles d'IA avant leur mise sur le marché, a exhorté le Congrès à adopter une réglementation nationale en matière d'IA et a discuté de mesures de protection avec la Chine.
Interrogé sur les risques liés à l'IA sur Fox News Donald Trump a répondu qu'il y avait "beaucoup d'aspects positifs, mais nous devons être prudents".
L.Janezki--BTB