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Commerzbank : front du refus contre l'offre hostile d'UniCredit
"UniCredit, partez", "la Commerzbank est mieux seule" : les slogans scandés mercredi par des salariés de la banque allemande en marge de l'assemblée des actionnaires ont souligné la tension qui entoure l'offre hostile de reprise en cours de la rivale italienne.
La deuxième banque privée allemande pourrait perdre son indépendance, 156 ans après sa création, si UniCredit parvient à en prendre le contrôle, tandis qu'elle en possède à ce jour près de 30%, et même plus de 38% à l'aide d'instruments de couverture.
Les salariés mobilisés devant le centre des congrès de Wiesbaden (ouest) craignent de voir se répéter le scénario qui a suivi la prise de contrôle de la bavaroise HypoVereinsbank par UniCredit en 2005, conduisant à plus de 60% de suppressions de postes.
L'offre du patron d'UniCredit, Andrea Orcel, "ne crée aucune valeur, aucune croissance, seulement des suppressions d'emplois", déclare à l'AFP Frederik Werning, responsable au syndicat ver.di et membre du conseil de surveillance de Commerzbank.
"Nous continuerons à nous y opposer fermement — et nous savons que nous allons gagner", est-il convaincu.
Or, dans toute offre de reprise, les actionnaires de la cible ont le dernier mot.
Jens Weidmann, président du conseil de surveillance de la banque francfortoise, les a mis en garde s'ils acceptaient d'apporter leurs actions à UniCredit, selon un rapport d'échange peu avantageux.
Surtout, ces actionnaires devraient alors "assumer (les) risques inhérents" d'UniCredit, citant "une exposition accrue aux obligations d'État italiennes, une proportion nettement plus élevée de créances douteuses et une activité encore significative en Russie".
UniCredit est en effet l'une des plus grandes banques étrangères encore actives en Russie.
- UniCredit "ne lâchera pas" -
Des représentants d'actionnaires s'exprimant mercredi ont cependant douté que M. Orcel ne parvienne pas à son but.
"En franchissant le seuil des 30%, UniCredit a désormais ouvert en grand la porte à une prise de contrôle, et il ne reste plus grand-chose pour s'y opposer", a estimé Klaus Nieding, au nom de l'association de petits porteurs DSW.
UniCredit s'est en outre attiré des critiques en Allemagne notamment via une récente campagne de publicité jugée dégradante à l'égard de Commerzbank, le chancelier allemand Friedrich Merz dénonçant des "méthodes hostiles et agressives" venant de Milan.
"Abandonnez la stratégie actuelle d'approche furtive et de diffusion d'informations négatives, voire erronées, et asseyez-vous à la table avec le management de Commerzbank", a appelé M. Nieding, s'adressant à M. Orcel qui n'était pas présent dans la salle.
Et pour cause, la banque milanaise ne participe pas à l'assemblée, ont confirmé plusieurs sources à l'AFP.
Pour Hendrik Schmidt, expert en gouvernance d'entreprise chez DWS, filiale de gestion d'actifs de Deutsche Bank, "UniCredit ne lâchera pas", car l'assaillante "dispose des moyens nécessaires et du temps".
- "We own Yellow" -
En guise de contre-attaque face aux avancées de la banque milanaise, Commerzbank a présenté début mai une nouvelle stratégie visant à porter son rendement des fonds propres à 21 % d'ici 2030 en demeurant une institution indépendante.
L'expert Andreas Thomae, du fonds Deka, au sein des caisses d'épargne, croit dans ces objectifs ambitieux: "la meilleure protection contre une prise de contrôle (réside dans) la création de valeur par vos propres moyens", a-t-il lancé.
Car pour l'heure, UniCredit "tente de reprendre la Commerzbank à un prix qui ne reflète pas correctement la valeur fondamentale et le potentiel de notre banque", a souligné la présidente du directoire Bettina Orlopp.
Incarnant la résistance de la banque allemande contre les visées de M. Orcel, Mme Orlopp a été largement applaudie par les actionnaires, parmi eux des salariés portant un tee-shirt jaune, la couleur du logo de la banque, avec l'inscription "we own yellow" ("le jaune nous appartient").
Toutefois, Commerzbank reste "ouverte au dialogue" avec UniCredit, selon la dirigeante qui pose trois conditions : "premièrement, un dialogue de confiance. Deuxièmement, un plan concret — stratégique, opérationnel et culturel. Et troisièmement, une offre convaincante offrant une prime adéquate aux actionnaires".
L.Dubois--BTB