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Dans un contexte houleux, Eramet rassemble ses actionnaires pour demander leur soutien
Le groupe minier français Eramet va demander mercredi à ses actionnaires, au premier rang desquels l'Etat et la famille industrielle Duval, de l'autoriser à lancer une augmentation de capital de 500 millions d'euros pour sortir de l'ornière, au risque de les diluer s'ils ne remettent pas au pot.
Le groupe, qui a connu une année 2025 très difficile, réunit ses actionnaires en assemblée générale à Paris mercredi après-midi.
La 19e résolution à être soumise au vote autorisera pour 26 mois, si elle est adoptée, le conseil d'administration à augmenter le capital de l'entreprise pour renforcer ses fonds propres, dans une opération pouvant atteindre 500 millions d'euros.
L'opération, annoncée mi-février, doit permettre à l'entreprise d'améliorer sa solidité financière, après une perte nette de 477 millions d'euros en 2025 et alors que son endettement est très élevé.
L'approbation ne devrait pas poser de problème, dans la mesure où les principaux actionnaires, la famille industrielle Duval et l'Etat, s'étaient engagés à avaliser l'opération.
La question de savoir qui apportera l'argent demandé est plus épineuse.
Les actionnaires bénéficieront d'un droit de souscription préférentiel, une priorité pour acheter de nouvelles actions.
Mais plusieurs médias, le Financial Times début avril ou Les Echos mardi, indiquent que la famille Duval étudie une possible cession de ses parts.
Si elle ne contribue pas à l'augmentation de capital en apportant de nouveaux fonds, elle sera de toute façon mécaniquement diluée. Interrogée par l'AFP mardi, la famille n'a pas fait de commentaire.
Un observateur indique à l'AFP qu'elle a trois options en main: souscrire à 100% "à condition d'avoir les fonds nécessaires", une souscription "partielle" leur permettant de demeurer un actionnaire significatif, ou bien une dilution plus importante.
A fin 2025, elle détenait environ 10,7 millions d'actions, soit 37,22% du capital et 43,5% des droits de vote en assemblée générale. Une participation valorisée à environ 600 millions d'euros, sur la base d'un cours de 56 euros observé mardi à la mi-journée.
- "Période complexe" -
L'Etat, via l'Agence des participations de l'Etat (APE) et la société FSI Equation, détient de son côté 7,8 millions d'actions, soit 27,13% du capital et 31,8% des droits de vote.
"Eramet traverse une période complexe sur le plan financier", a commenté Bercy auprès de l'AFP, indiquant que l'Etat soutient l'augmentation de capital, qui "vise à redonner des marges de manœuvre à la société et à sécuriser son avenir".
La même source précise, comme indiqué précédemment par Les Echos, que "l'Etat n'envisage pas de racheter la part des Duval".
Eramet prévoit de lever les fonds dans la deuxième partie de 2026.
Dans l'intervalle, le groupe a lancé une revue stratégique de son portefeuille et "vise une monétisation ciblée d'actifs".
L'entreprise, qui emploie 10.000 salariés dans 17 pays d'implantation, produit du manganèse extrait au Gabon, du nickel en Indonésie, des sables minéralisés au Sénégal, et du lithium en Amérique latine.
Il y a des défis locaux: le Gabon a annoncé mi-2025 vouloir interdire l'exportation du manganèse brut au 1er janvier 2029, afin de mettre en place une industrie de transformation nationale.
En Indonésie, les autorités ont prévu des quotas de ventes de nickel beaucoup plus faibles en 2026 qu'en 2025. Actionnaire minoritaire de la plus grande mine de nickel au monde, Eramet a indiqué avoir demandé de réviser à la hausse son quota.
Au Sénégal, l'activité a été perturbée par un incendie survenu fin février. Eramet disait le 23 avril prévoir un redémarrage "progressif et partiel" "à partir de fin avril".
En outre, l'entreprise est toujours propriétaire de la Société Le Nickel (SLN), un opérateur minier et métallurgique basé en Nouvelle-Calédonie dont les pertes sont depuis 2024 intégralement financées par l'Etat.
L'entreprise a fait face début 2026 à des secousses managériales, avec le départ d'un directeur général fraîchement recruté, Paulo Castellari, puis la "dispense" d'activité du directeur financier, remplacé mardi par un proche de la présidente, Christel Bories, son ancien directeur de cabinet, Simon Enochsberg.
Dans ce contexte, Mme Bories, qui avait dirigé l'entreprise pendant une dizaine d'années avant de ne conserver que la présidence du conseil d'administration, a repris la direction générale de manière intérimaire.
N.Fournier--BTB