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Des bornes de collecte textile et des emplois supprimés : la filière à bout de souffle
Trop de vêtements, de trop mauvaise qualité et pas assez de débouchés : la filière qui gère ces déchets, asphyxiée, supprime emplois et bornes de collecte, alors que le gouvernement multiplie les annonces pour réformer le secteur.
Mardi, Le Relais, acteur majeur du secteur, a annoncé la suppression de 60 emplois en insertion et la réduction de sa collecte de textiles, linge de maison et chaussures à hauteur de 15.000 tonnes de collecte, qui s'accompagne de la fermeture de près de 4.300 conteneurs, sur les 20.500 aujourd'hui installés dans toute la France.
Ce membre d'Emmaüs France a pris cette drastique mesure car il est confronté depuis des années à "une dégradation devenue insoutenable de l’équilibre économique de la filière textile", dénonce-t-il dans un communiqué.
Pilier de l'économie sociale et solidaire (ESS) en France, il assure 40% de la collecte et emploie 2.053 personnes, dont 656 en insertion, a précisé Le Relais à l'AFP.
En plus de l'impact de la guerre au Moyen-Orient, qui a renchéri le carburant et le transport maritime, il est victime, comme Emmaüs, La Croix-Rouge ou le Secours Catholique, de changements brutaux dans l'univers du textile, qui asséchent son modèle économique.
- Surconsommation et mode éphémère -
Depuis plusieurs années, la surconsommation de vêtements, en augmentation constante, aboutit à des volumes colossaux de produits neufs mis sur le marché (3,5 milliards de pièces en France en 2024), qui finiront en déchets dans un temps plus ou moins long.
Avant que la filière ne traverse cette crise sans précédent, les acteurs de collecte et de tri textile se finançaient en récupérant les vêtements et chaussures en bon état qu'ils pouvaient revendre dans leurs magasins ou exporter à l'étranger.
Mais plusieurs facteurs sont venus contrarier ce fonctionnement, par ailleurs assez décrié lorsqu'il s'agissait d'exporter en Afrique des habits de basse qualité qui pouvaient se retrouver dans des décharges à ciel ouvert.
D'une part, la qualité de ce que récupèrent ces acteurs de l'ESS baisse. L'essor de la mode éphémère encombre les bornes de textiles de mauvaise facture, inutilisable, tandis que la revente des vêtements en bon état sur des plateformes type Vinted dépouillent ces associations de la "crème", c'est-à-dire les articles en bon état.
En 2014, Emmaüs pouvait valoriser 64% de ces textiles, contre 56% dix ans plus tard, a chiffré l'association pour l'AFP.
"Certains flux coûtent environ 250 euros par tonne à collecter alors que leur valorisation peut descendre autour de 150 euros par tonne", constate Le Relais de son côté.
Enfin le système, qui repose majoritairement sur l'export de ces déchets, s'est enrayé, les marchés d'export comme l'Afrique étant saturés par les vêtements à bas prix importés de Chine, d'occasion ou neufs.
- Revoir la copie -
Cette annonce du Relais intervient alors que le gouvernement travaille, en concertation avec les acteurs du secteur, à une réforme de la filière.
La "mode circulaire", qui permet de valoriser textiles et chaussures usagés, pourrait générer un chiffre d'affaires de "plus de 30 milliards d'euros d'ici 2030", avait déclaré la semaine dernière le ministre délégué à la Transition écologique.
Mathieu Lefèvre y voit un véritable "levier de compétitivité" pour la France, avec plus de 88.000 emplois "possibles grâce à l'activation de cette filière économique".
En 2007, la France a mis en place une filière dite à responsabilité élargie du producteur (REP) qui, sur le principe du "pollueur-payeur", permet de collecter une éco-contribution financière auprès de chaque marque qui commercialise ce type de produits.
Cette collecte a été confiée à l'éco-organisme Refashion qui compte sur un budget d'1,2 milliard d'euros sur la période 2023-2028. Cette manne doit financer la collecte, le recyclage, la réparation ou le réemploi des textiles usagés.
Le gouvernement a annoncé en avril souhaiter flécher une partie substantielle de ces contributions financières vers la structuration d'une filière industrielle du recyclage textile.
"Malgré cette situation extrêmement difficile, Le Relais reste convaincu que le développement d’une filière textile durable, solidaire et circulaire demeure possible", croit également l'acteur phare de l'ESS.
O.Krause--BTB